Sous le glacier Mýrdalsjökull, situé sur la côte Sud de l'Islande, de nouveaux événements géologiques se sont produits dans la nuit du 18 Juillet 1999. Ce glacier est en effet bien connu des géologues du monde entier, tant il recèle en lui l'un des plus capricieux et spectaculaires volcan sous-glaciaires du nom de Katla. (cf. notre bulletin " "Islande-blaðið " n° 7 de juillet 1999).
Quelques mots sur le volcan KATLA :
Le massif volcanique se trouve sous une épaisseur de glace de 200 à 750 mètres, couvrant le glacier du Myrdalsjökull. Siècles après siècles, la caldeira a formé un "trou" de 600 à 700 mètres de profondeur sur une surface de 110 km2. C'est d'ailleurs la plus grande caldeira de ce type sur l'île volcanique toute entière qu'est l'Islande. A cette caldeira s'ajoutent plusieurs autres petites fissures éruptives au Nord-Ouest du massif.
L'activité sismique sur Katla est régulière. Elle n'annonce donc pas toujours la mise en place d'une phase éruptive nouvelle. Avant la colonisation de l'île au IXème siècle, le massif de Katla connut une éruption gigantesque, synonyme, sans doute, d'apocalypse. La puissance de l'éruption fut estimée à plus de 10 000 bombes atomiques (telle que celle employée pour la destruction d'Hiroshima), produisant plus de 10km3 de téphras dont on retrouve, aujourd'hui encore, la trace en Norvège et même au Labrador. C'est sans doute cette colossale éruption qui doit être à l'origine de l'immense caldeira qui subsiste encore au cœur du massif.
Eruptions historiques de Katla :
En l'an 900 puis 920 et 934 Ap. J.C.
Au XIème siècle (année non déterminée), en 1179, en 1245 et en 1262. Puis en 1357 et 1416. Deux éruptions au XVème siècle, une en 1500 et 1580. D'autres éruptions en 1612 et 1625 puis en 1660. Ensuite en 1721 et en 1755, puis en 1823 et 1860. Enfin, au XXème siècle : en 1918 et... 1999 ?
En effet, vers 22h samedi, les sismographes, situés sur les flancs de ce glacier-volcan, se sont mis en branle, annonçant des mouvements du sol. Les tremblements de terre restèrent inférieurs à 3°sur l'échelle de Richter. Dans les heures qui suivirent, l'activité sismique s'est prolongée pour s'accentuer très fort vers 3h du matin le dimanche 18 juillet.
Les volcanologues analysant les enregistrements des appareils depuis Reykjavik se prononcèrent rapidement vers l'hypothèse de la mise en place d'une nouvelle éruption volcanique au sein du volcan Katla. Il est vrai que chacun l'attendait depuis plusieurs dizaines d'années (Katla a pris l'habitude, au cours des siècles de faire éruption deux fois par siècle. Or, depuis le début du XXème siècle, une seule éruption fut observée, elle se déclencha en 1918).
Le volcan Katla est connu pour ses effets dévastateurs, de par ses immenses coulées d'eau et de cendres mélangées formant une boue très liquide accompagnée de blocs de glace arrachés à la montagne.
Ce phénomène de coulée, appelé "hlaup" en islandais, est tout à fait courant lors de ce type d'éruption : la glace fondant très rapidement au contact du magma en fusion, créant ainsi une immense poche d'eau sous le glacier qui se déverse dans les rivières, atteignant ainsi les vallées. Ce phénomène géologique rare à travers le monde, fut largement observé en novembre 1996 lors de l'éruption sous-glaciaire du Vatnajökull.
Le Sud de l'Islande étant habité par quelques fermes isolées non loin du glacier et surtout par les 350 habitants regroupés dans le village de Vík, les Autorités de la Défense Civile et un groupe de Scientifiques se sont aussitôt réunis afin de mettre en œuvre un plan de surveillance vigilante du glacier accompagné d'éventuelles évacuations à prévoir suivant l'évolution de l'activité sismique de la région.
On se souvient, en effet, qu'en 1660 une éruption de Katla avait causé d'importants dégâts dans la région de Vík, formant ainsi une immense plage de sable noir venu tout droit de la montagne. C'est là même que se trouve aujourd'hui la localité de Vík. Les autres éruptions avaient davantage déversé leurs cendres et coulées d'eau et de boue vers le secteur de Skógar, plus à l'ouest, où quelques fermes demeurent encore aujourd'hui. Les Services de la Défense Civile, mis en alerte, ont établi plusieurs équipes de surveillance du glacier. Un premier survol du glacier fut également décidé.
Lors de ce survol une première constatation fut faite, au même moment que les premiers véhicules empruntant la route N°1 reliant Skógar à Vík : un "hlaup" s'est déroulé durant la nuit. En effet, il a été estimé jusqu'à 20 millions de m3 d'eau, de boue et de glace qui se sont déversées en quelques heures dans la rivière Jökulsá á Sólheimasandi, provenant de la langue glaciaire de Sólheimajökull. De la caldeira du volcan Katla à cette langue glaciaire de Sólheimajökull, s'est donc écoulée de l'eau de chauffe en abondante quantité. Le survol du glacier confirmera ce fait. En effet, sur le glacier, il fut observé de nombreuses fractures formées par l'eau souterraine ayant circulé jusqu'à la langue glaciaire depuis le glacier lui-même. Ces fractures nouvelles ont ainsi confirme cette circulation souterraine d'eau chaude. Katla était donc bien actif.
Les Autorités décidèrent de fermer au plus vite la route car le niveau de l'eau augmenta très vite au sein de la rivière Jökulsá á Sólheimasandi. On pensa même un instant que cette eau mêlée de boue et de blocs de glace arrachés au glacier allaient venir à bout du pont qui enjambait la rivière. Heureusement, il n'en fut rien.
En quelques heures le niveau de l'eau redescendit laissant la place à des milliers de petits icebergs posés sur le lit de la rivière et ses environs. Cependant, le "hlaup" fut à l'origine de la rupture de la ligne électrique alimentant le village de Vík. Quelques heures plus tard, le courant fut rétabli. Cette rupture de la ligne électrique fut le seul dégât observé suite à ce hlaup.
Durant toute la journée de dimanche, une forte odeur de soufre se fit également sentir dans la région. Et les habitants de Vík surent très vite que le volcan Katla se rappelait à leur mémoire !
Les secousses enregistrées sur le volcan Katla furent enregistrées durant toute la journée de dimanche et du lundi suivant.
Par mesure de sécurité, les Autorités décidèrent de fermer la route nationale durant toute la nuit du 18 au 19 Juillet afin d'éviter tout incident en cas de nouvelle crue.
A 7h30 du matin, ce lundi, le barrage fut levé et la circulation put donc reprendre.
Un nouveau survol du glacier permit d'observer une importante dépression sur la surface du glacier de 1,5 km de longueur sur une profondeur de 50 mètres environ.
Suite aux observations menées, les volcanologues annoncèrent deux hypothèses à ce phénomène rare observé depuis le 18 juillet au soir :
1) Il s'agissait une éruption mineure du volcan Katla. Cette éruption de faible intensité n'a pas percé la glace, ce qui a impliqué une activité minime sous la glace provoquant une simple fonte de celle-ci sur quelques centaines de mètres.
2) Il s'agissait d'un changement d'activité de Katla, annonçant peut-être la mise en place d'un nouveau rythme éruptif, d'un nouveau cycle, ou des prémices d'un réveil futur de la montagne.
L'avenir donnera sans doute sa réponse.
Quant à l'odeur de soufre, celle-ci se faisait encore abondamment sentir dans la région du glacier. Même à Vík, les habitants captaient l'odeur. Le volcan semblait bien " chauffer " ! Il ne restait plus qu'à patienter et suivre l'évolution possible de cette situation géologique nouvelle.
Dans l'après-midi, les scientifiques remarquèrent une crue assez importante dans une autre rivière alimentée par le glacier : la rivière Múlakvísl, celle-ci se trouvant à l'Est de Vík.
Les Autorités Islandaises décident d'interdire l'accès au glacier Mýrdalsjökull. L'activité sismique enregistrée sous le volcan Katla s'accentue. De nouveaux séismes de 3 à 3,5°sont notés. Plus question de laisser monter sur le glacier les touristes afin d'y effectuer de l'escalade ou bien encore du scooter des neiges. De nouvelles fractures sont apparues à la surface de la glace et une dépression de plus en plus vaste se creuse à la surface du glacier, au coeur de la vaste caldeira du volcan Katla.
Cette dépression prouve une importante montée de chaleur sous la glace. Eau de fonte liée à une activité géothermale accrue ? Magma en fusion de plus en plus proche de la surface du glacier ? Difficile d'apporter une réponse.
Les rivières, quant à elles, continuent de déverser une quantité importante d'eau, essentiellement boueuse provenant des profondeurs du glacier. Des odeurs de soufre sont également repérées. Le glacier est mis sous très haute surveillance.
Des prélèvements d'échantillons de l'eau des rivières alimentées par le glacier sont éffectués deux fois par jour, de même que la mesure du niveau de l'eau.
Ces analyses confirment la présence de cendres charriés par les rivières, mais celles-ci semblent anciennes. Pas de traces de fluor frais. Il semble donc que le volcan Katla ne soit pas en éruption. Par contre rien ne peut confirmer le fait qu'il ne s'agit pas de prémices à une éruption. Les secousses peuvent tout à fait être le résultat d'une montée importante du magma vers la surface.
Dans les échantillons prélevés dimanche, il semblerait bien que ceux-ci confirmeraient l'hypothèse que le volcan Katla ait commencé une petite éruption volcanique.
Celle-ci, restée enfouie sous la glace, aurait occasionné la formation de la dépression au niveau de la caldeira du volcan recouverte de plusieurs centaines de mètres de glace. Cette micro-éruption a sans doute engendré un accroissement de l'activité géothermale. Ceci expliquerait la continuation du creusement de la glace formant une vaste dépression de près de 80 mètres de profondeur sur 1,5 kilomètre de longueur.
L'activité sismique du Mýrdalsjökull diminue. (secousses de 1 à 1,8°sur l'échelle de Richter). Elle est relayée par son voisin, le glacier Eyjafjallajökull : secousses de 2 à 2,5°sur l'échelle de Richter. Ce dernier avait déjà tremblé au printemps dernier.
L'activité sismique du Mýrdalsjökull continue de baisser. Les Autorités Islandaises décident d'autoriser l'accès au glacier. Ce dernier reste cependant sous très haute surveillance. Les rivières restent anormalement hautes prouvant qu'une importante quantité d'eau continue à s'écouler sous la glace.
A 3h43 du matin, les habitants de la ferme située près du glacier Thórisjökull ont été réveillé en sursaut par un tremblement de terre de magnétude 4° sur l'échelle de Richter, Ce tremblement de terre fut suivi de plusieurs secousses moins fortes. A 6h puis 8h du matin d'autres secousses de 3° furent également enregistrées.
Ces secousses proviennent du glacier Thórisjökull (volcan tabulaire sous-glaciaire de 1.340 mètres de haut dont la dernière éruption remonte au Xème siècle), qui, comme tous ses frères islandais, se compose de volcans sous-glaciaires plus ou moins actifs. S'il est vrai que depuis longtemps on n'avait pas enregistré d'activité sismique sous le Thórisjökull, d'autres par contre comme le Vatnajökull ou bien encore le Mýrdalsjökull, sont, quant à eux, beaucoup moins calmes ! Les derniers mouvements sismiques majeurs du Thórisjökull remontaient à 1994. Cette fois-ci, durant toute la journée, diverses secousses furent enregistrées. Elles furent plus fortes qu'il y a cinq ans de cela.
La ferme de Bryndís Jónsdóttir, située à un peu plus de 20 kilomètres du glacier, fut bien secouée ! Ses habitants passèrent en effet plusieurs heures à remettre en place les objets et les livres tombés des armoires et étagères de la maison.
La même nuit, dans la presqu'île du Reykjanes, d'autres secousses furent enregistrées près du lac Kleifarvatn (lieu bien connu, depuis ces derniers mois par les scientifiques, tant le nombre de secousses s'est amplifié - Voir nos derniers bulletins de l'Islande-blaðið).
Ces secousses restèrent tout de même inférieures à 3° sur l'échelle de Richter.
Les secousses ont continué toute la nuit, aussi bien au glacier Thórisjökull que dans la presqu'île du Reykjanes, non loin du lac de Kleifarvatn. Les dizaines de secousses enregistrées par les sismographes ne dépassèrent pas les 2,5°sur l'échelle de Richter.
A 10h30, une forte secousse de 3,5°est notifiée à deux pas du lac de Kleifarvatn. Celle-ci est même ressentie par un bon nombre d'habitants de Reykjavik (Épicentre à 25 kms de Reykjavik). En fin d'après-midi, une reprise de l'intensité sismique est enregistrée au sein du glacier de Thórisjökull. La soirée est un peu plus calme. Dans la nuit, seront enregistrées des secousses de 2 à 2,5° sur les deux sites. Mais il semble bien que l'activité soit en train de régresser sur cet axe du rift médio-Atlantique. Pour un certain nombre de chercheurs, cette activité continue depuis quelques jours laisse penser que le magma semble vouloir se frayer un chemin vers la surface !
Thórisjökull et Kleifarvatn continuent de trembler à des intensités de plus en plus faibles.
Et quant aux deux glaciers, celui du Mýrdalsjökull et son voisin l'Eyjafjallajökull, ils "reprennent du service" ! Des petites secousses de 1,5° à 1,9° sur l'échelle de valeur appelée Richter sont enregistrées.
L'Eyjafjallajökull n'avait plus tremblé depuis le mois de mars dernier (3,5°). En ce lieu, la dernière éruption remonte à 1823, contre 1918 pour le Mýrdalsjökull.
Fin juillet, les mouvements sismiques sont devenus de plus en plus faibles et de plus en plus espacés. Il semble bien que la crise soit passée. En ce début août, seuls, les scientifiques continuent à prélever des échantillons dans les rivières… mais aucun résultat ne semble annoncer (" pour le moment ", diront certains !) le moindre indice d'éruption.
Le temps nous dira si, oui ou non, cette alerte sismique intense de ce mois de juillet 1999 annonçait réellement la mise en place d'un nouveau processus éruptif au sein de Mýrdalsjökull, puis ensuite, dix jours plus tard, celui du Thórisjökull… A suivre… !
Cet épisode sismique aura, à travers l'Islande, développé de nombreuses discussions au sein du monde scientifique et journalistique : " Bougera… bougera pas ", " éruption ou pas d'éruption ", " cataclysme ou pas de cataclysme ",… Ci-après, nous vous joignons à cet article, relatant les faits vécus dans le pays, une analyse de Friðrik Þór Guðmundsson, journaliste qui, à sa façon, tente de mieux comprendre cette montée de fièvre juillettiste !
L'Islande bouge et remue et Katla est en vie !
tiré d'un article de Friðrik Þór Guðmundsson dans le quotidien islandais D.V.
- Reykjavik, le 26 juillet 1999 -
Personne ne veut le dire mais la plupart des gens le pense : une activité croissante, des tremblements de terre d'une plus forte intensité indiquent qu'une éruption est en préparation, sans doute imminente. Mais l'activité a baissé ces derniers jours et bien que Katla soit arrivé dans la période attendue, il pourrait se passer plusieurs années avant qu'une éruption ait lieu. Bien évidemment, des mesures meilleures et plus précises, puis des informations en plus grand nombre sur l'activité sismique et les mouvements du sol jouent un rôle important et amènent également les gens à penser que des catastrophes naturelles à grande échelle ne sont pas si loin.
Voici l'histoire de la région et quelques avis de géologues.
Les géologues et autres spécialistes du sol se méfient des déclarations qui se traduisent comme des prédictions dans cette direction; ils disent simplement que les secousses sismiques sont fréquentes et il en est de même pour les petites éruptions sans conséquence.
Lorsque l'on regarde la carte des tremblements de terre qui ont atteint plus de 3° sur l'échelle de Richter ces dernières années et décennies, on aperçoit une centaine de points. Si l'on regarde le nombre de séismes supérieurs à 3,5 sur Richter depuis 1992, 93 événements apparaissent et on peut observer une certaine évolution : 7 événements en 1992 et 1993, 11 en 1994, 8 en 1995, ensuite 20 en 1996 (la plupart en octobre), 19 en 1997 (la plupart en août et septembre) et 21 en 1998 (surtout en novembre). C'est une évolution spectaculaire mais cette année ne peut pas encore être considérée comme une année majeure de tremblements de terre, avec jusqu'ici 6 séismes supérieurs à 3,5, dont trois, il est vrai, le même jour, soit le 25 mai dernier.
Quand on regarde les séismes mesurant plus de 4° sur Richter sur la même période, on parle alors de 28 événements. Entre 1992 et 1995, on enregistre seulement 6 séismes alors qu'on en enregistre 22 entre 1996 et 1998. Le plus fort des tremblements de terre du week-end dernier rentre à peine dans cette liste (tremblement de 4° exactement ce week-end), pas plus que les autres séismes depuis le début de l'année, bien qu'il ne s'en soit fallu de très peu à plusieurs reprises, il est vrai.
Ces chiffres nous montrent aussi que le nombre de forts séismes va plutôt crescendo mais d'un autre côté, on assiste toujours à quelques séismes et les scientifiques essaient de les décrypter. En quelques années, on observe quelques séismes mais la lave ne sort que très peu (comme au Vatnajökull l'an dernier). En surface, les scientifiques gardent leur calme.
Un an ou 30 ans…
La semaine dernière arrivait l'information d'un épanchement magmatique et de cratères dans le Myrdalsjökull, des tremblements de terre au Þórisjökull et à Kleifarvatn et des secousses régulières se déroulant autour d'Hengill. Pourtant les géologues semblent très calmes; certains gloussent juste comme si rien ne s'était passé. Ils reconnaissent pourtant que des mouvements du magma s'opèrent sur une longue période et des séismes sur Hengill.
Ces mouvements s'opèrent surtout dans la partie Est de la chambre magmatique sous Hengill, et cela pose la question de savoir si quelque chose d'important peut arriver et ils disent aussi que si 3 ou 4 gros tremblements de terre avaient lieu dans le secteur de Katla, ce serait une raison suffisante pour donner une alerte.
Et les gens voient une évolution inhabituelle dans les émissions de différentes sortes de gaz en provenance du Eyjafjalljökull depuis 2 à 4 ans et de telles émissions sont fréquentes avant des éruptions. Des indications existent donc sur des séismes et des éruptions plus importantes à venir. Cependant, les secousses pourraient tout aussi bien disparaître et c'est pourquoi personne ne se veut devin.
La relation entre Thórisjökull (au Sud du Langjökull) et le Reykjanes…
Les gens disent par exemple que les secousses autour d'Hengill ou de Katla pourraient amener à une éruption d'ici un an… ou 30 ans. Les gens voient diverses indications d'après les mouvements sismiques et magmatiques des 3 dernières années mais pas plus loin.
Il n'y a pas si longtemps de cela, au printemps et à l'automne derniers, des secousses sismiques se faisaient sentir partout depuis le Lang-/Þórisjökull jusqu'au Reykjanes. Ce printemps, les habitants d'Hafnarfjörður et de Krísuvik étaient habitués aux tremblements du sol. Le plus gros mesurait 3° sur l'échelle de Richter et eut bien lieu tout le long de ce secteur.
L'onde sismique commença alors dans le secteur d'Hengill à 10h le soir et à 4 heures du matin, la terre se mit à trembler à Geitlandsjökull au Sud-Ouest du Langjökull et à 6 heures eurent lieu des secousses à Vigdisarvellir.
L'automne dernier eurent ensuite lieu des petites secousses au Þórisjökull et s'ensuivirent des secousses dans le Reykjanes, 5 jours plus tard.
Il s'agit à peu près du même secteur dont on parle actuellement et l'année dernière, rien ne se passa par la suite. On parle du mouvement de la plaque tectonique ouest et il existe une faille qui passe du Langjökull au sud d'Hengill et à l'ouest par le Reykjanes.
On devrait faire plus de recherches.
Ingi Þ. Bjarnason, géologue à l'Institut de Recherche de l'Université d'Islande, est très prudent comme ses collègues quand il s'agit de lire dans les documents et indications relevées. Il trouve cependant que la relation entre les séismes au Þórisjökull et dans le Reykjanes est intéressante, surtout par rapport à ce qui se déroula l'année dernière.
"En mars et septembre de l'année passée, on vécut des ondes sismiques semblables dans le Þórisjökull et par la suite des secousses eurent lieu dans le Reykjanes, la plus forte mesurait 4° sur Richter dans Bláfjöll et on l'a bien ressentie.
La première fois, ce fut 48 heures plus tard et la 2ème fois, 5 jours plus tard.
Actuellement, il se passe la même chose, c'est-à-dire une onde dans le Þórisjökull et ensuite dans le Reykjanes mais seulement avec 24 heures d'intervalle. Ce genre de relation sismiques s'est déjà déroulée trois fois en seulement un an et demi. C'est un fait intéressant mais on devrait faire plus de recherches sur cette relation afin de pouvoir affirmer une théorie", affirme Ingi.
Ingi précise également que si le Þórisjökull n'est pas un secteur actif " sismiquement " parlant, il n'en est pas de même pour le Reykjanes. "Ce n'est pas parce que l'on vient de vivre un séisme de 4° sur Richter que cela nous pose de vraies questions.
Alors on se demande s'il va y avoir une éruption, si la pression est en train d'augmenter par un emmagasinement du magma sous la montagne. Mais d'un autre côté, il pourrait se passer une décennie sans une éruption. On peut prendre l'exemple du Barðarbunga.
Entre le moment où le secteur se mit en activité sismique et l'éruption du Gjálp en 1996, il s'est passé un quart de siècle.
Les mouvements dans le Þórisjökull pourraient faire de même et pourraient bien s'arrêter sans éruption si la pression du magma n'était pas suffisante", dit Ingi.
Les incertitudes font peur aux scientifiques.
"Il se peut que tout soit ouvert et libre à toute interprétation et cela n'est pas clair si cela nous amène à aucun " grand événement " géologique. Il est sûr que les gens voient maintenant que l'activité sismique provient de deux endroits en même temps, le Þórisjökull et le Sud-Ouest de Kleifarvatn mais ces mouvements ont déjà diminué aujourd'hui. En soi, il n'y a rien d'inhabituel dans les secousses à Kleifarvatn et bien que les secousses du Þórisjökull ne soient pas aussi courantes, elles se produisent… et maintenant, tout est calme !", dit Sigurður Rögnvaldsson, géologue à la Météorologie Nationale d'Islande. En plus de cela, tout a été assez calme dans le secteur de Katla ces derniers jours.
Que les scientifiques soient prudents sur les déclarations cela provient de l'expérience, et personne ne veut s'avancer. Les gens se souviennent quand Eysteinn Tryggvason fit de fracassantes déclarations sur les mouvements de Katla à l'époque (une éruption annoncée à coup sûr pour les années 1980), déclarations qui ne se réalisèrent même pas en partie. Depuis lors, il a été difficile d'obtenir de grandes déclarations des scientifiques.
Katla est dans les temps !
Ce qui est certain, c'est que l'activité sismique dans le pays a augmenté ces dernières années et ces derniers mois. Des secousses croissantes supérieures à 3° sur Richter ont toujours été à travers les temps des prémisses de grosses éruptions volcaniques sur l'île (Krafla 1975 à 1984; Hekla, 1980, 1981, 1991; Gjálp (Vatnajökull) en 1996; Grímsvötn, en 1983 et 1998). L'activité sismique était par exemple très importante avant l'éruption du Gjálp en 1996.
Ce que l'on pense aujourd'hui, quand des secousses se font sentir dans le Eyjafjallajökull et le Mýrdalsjökull, c'est que Katla est depuis longtemps "mûr". Katla est un des volcans les plus actifs du pays, avec une moyenne de deux éruptions par siècle. La dernière fois, c'était en 1918 et maintenant, il ne reste plus longtemps pour assister à la deuxième éruption de ce siècle ! (moins de 500 jours !)
Et une éruption à Katla, ce n'est pas rien : il y a beaucoup d'explosions et ensuite des crues très impressionnantes avec beaucoup d'effusion de matériaux. En 1918, par exemple, la plage s'est agrandie de 5 kilomètres non loin de la région de Vik. Mais nous devons avoir en tête que l'activité de ces jours-ci a disparu assez vite et depuis, on n'a pas ressenti de secousses majeures dans le secteur.
A Reykjavik, le 26 juillet 1999.
Alors que beaucoup d'Islandais commençaient à oublier les signes de vie annoncés par le Mýrdalsjökull courant juillet, les scientifiques continuent quant à eux, de scruter la montagne de glace. Et c'est ainsi qu'après un nouveau survol du glacier, les équipes chargées de surveiller la montagne recensent 6 dépressions creusées dans la glace, chacune faisant plus d'un kilomètre carré de superficie.
Certaines de ces dépressions correspondent à celles déjà observées le mois dernier. Mais par contre, il semble bien qu'elles soient plus profondes. Pas de doute, l'activité de chauffe sous le glacier continue. Plus tard, en fin de journée, trois nouvelles dépressions sont remarquées au Nord-Ouest de la caldeira du volcan sous-glaciaire de Katla. Les choses se confirment.
L'activité interne du glacier augmente et la chaleur se fait de plus en plus sentir, faisant fondre ça et là la masse de glace, creusant ainsi ces dépressions caractéristiques de l'annonce d'éruptions sous-glaciaires.
Cependant, la situation reste confuse. En effet, lorsque l'on parle de prémices d'une éruption, elles s'accompagnent de tremblements de terre.
Or, dans le secteur aucun séisme majeur n'est enregistré. Seule, dans la nuit du 5 août est enregistrée, dans le secteur, une secousse de 1,5° sur l'échelle de Richter.
Un nouveau survol effectué ce jour confirme encore l'accentuation de ces neuf dépressions creusées à la surface du glacier. Alors commencent pour les uns une véritable inquiétude et pour les autres un sujet scientifique fort intéressant à débattre. Le monde scientifique s'interroge.
En effet, s'il y a l'annonce d'une éruption, il devrait y avoir bien plus de tremblements de terre que cela. A l'Askja, plus au Nord de l'Islande, lorsque le volcan se réveilla en 1961, il y eut de nombreux tremblements de terre dans les jours qui précédèrent l'éruption. Par contre, il est vrai qu'une importante augmentation de la température du sol fut remarquée dès 1960, sans séismes majeurs, soit près d'une année avant l'éruption elle-même.
Sur le Mýrdalsjökull lui-même, fut remarquée une montée de la température en 1950 et puis plus rien ! Alors s'agit-il oui ou non d'un début d'éruption ? Personne n'ose s'avancer.
De son côté, les Autorités islandaises se sont réunies afin de prévoir un plan d'évacuation au cas où dans le secteur de Vík et prévoient dès à présent le plan rouge en cas de nouvelle inondation qui, s'il y avait éruption, pourrait à tout moment détruire une partie de la Nationale N°1 (sans doute entre Skógar et Vík et entre Vík et Kirkjubæjarklaustur).
Les Ponts et Chaussées sont d'ores et déjà prêts à faire face à l'éventuel " hlaup " (déviation de la route et reconstruction en cas de dégâts majeurs).
En 1918, lors de la dernière éruption, la route (non goudronnée à l'époque) fut fortement endommagée par les coulées de boue, de glace et d'eau mélangée vomies hors de la montagne, sans compter les 700 millions de m3 de cendres semées durant les 24 jours de l'éruption !
Alors tout le monde se pose la question : " Que va-t-il se passer en 1999 ? "
Les équipes de scientifiques, toujours en alerte, effectuent un nouveau survol du glacier en compagnie du responsable de la police de Vík. Ils remarquent une série de nouvelles fractures allant du Nord au Sud, le long de la vaste caldeira du volcan Katla.
Ces nouvelles fractures viennent confirmer, une fois de plus que l'activité " de chauffe " sous le volcan-glacier continue plus que jamais. Aucune crevasse ou dépression supplémentaire n'est observée. Elles restent au nombre de neuf. Par contre, elles continuent à s'approfondir (plus de 100 mètres pour certaines).
Pas de doute possible, l'activité sous le glacier persiste. Il faut donc rester très vigilent et ausculter les moindres faits de la montagne. De leur côté, les tremblements de terre restent faibles, mais s'ils furent relativement nombreux le 11 août (intensité inférieure à 1,5° sur l'échelle de Richter).
" Cette situation est à prendre très au sérieux, on pourrait effectivement se trouver face à la mise en place d'un processus éruptif important.
Cette situation analogue " de chauffe " avait en effet commencé un an avant l'éruption spectaculaire au volcan Askja, au Nord-Est de l'Islande en 1961 " précise Helgi Björnsson, géologue islandais et spécialiste des glaciers ayant survolé le Mýrdalsjökull ce jour.
De nouvelles inquiétudes s'affichent dans le regard des équipes de chercheurs qui sillonnent sans cesse le secteur du Mýrdalsjökull. En effet, l'activité de chauffe, très importante sous le glacier fait fondre des quantités colossales de glace, la transformant en eau. Or, celle-ci ne se déversent pas dans les rivières issues du glacier. La rivière Jökulsá á Sólheimasandi et celle de Múlakvísl ont un débit beaucoup trop faible, voire même inférieur à la moyenne saisonnière.
Cela veut donc dire que toute l'eau de fonte s'accumule sous le glacier, quelque part et qu'à tout moment cette poche d'eau contenant sans doute plusieurs millions de m3 d'eau peut se rompre à tout moment créant un nouveau " hlaup ", flot dévastateur d'eau, de boue et de glace.
La Protection Civile se tient déjà prête à intervenir en cas d'inondation et les Ponts et Chaussées du Pays ont, d'ores et déjà, imaginé un plan d'urgence en cas de rupture et de cassure de la route n°1. Les automobilistes pourraient sans doute être rapidement déviés par le Nord du glacier afin de rejoindre ensuite Vík (la piste serait alors très rapidement goudronnée le cas échéant ou aménagée), évitant le passage vers la côte Sud qui serait sans doute le théâtre d'inondations importantes. A suivre…
L'inquiétude grandit car la fonte du glacier se poursuit par l'intérieur de ce dernier. En effet, un nouveau survol effectué permet de constater que les 9 dépressions creusées dans la glace s'accentuent. Certaines ont plus de 100 mètres de profondeur, voire cent cinquante mètres. Une dixième dépression est apparue à la surface du glacier, toujours au sein de la caldeira du volcan Katla. Les fractures de la glaces s'accentuent également, elles s'élargissent et s'approfondissent dans la direction Nord-Sud. Par contre, les sismographes restent peu actifs. Le nombre des tremblements de terre enregistrés cette semaine reste très faible et ceux restant en dessous de 1,8° sur l'échelle de Richter.
L'inquiétude grandissante provient du fait que le niveau de l'eau des rivières reste anormalement bas. Il n'y a pas d'échappement de l'eau de fonte. Aussi, la très grande quantité d'eau fondue du glacier continue à être stockée sous l'imposante masse de glace du Mýrdalsjökull.
A quand le hlaup ? Y aura-t-il une éruption ? Personne ne veut se prononcer pour le moment. La seule certitude, c'est que le comportement de Katla est complètement inhabituel. Les scientifiques n'ont jamais eu l'occasion d'observer ce type de phénomène auparavant. Il est certain que le magma remonte et réchauffe la caldeira. Quelle sera la suite ? Il faut attendre…
A suivre…
A Reykjavik, le 25 août 1999.