Eruptions sous un Glacier

 

Eruption de 1996

Le 29 septembre 1996 le glacier Vatnajökull frémit, un séisme de magnitude de 5,4 sur l'échelle de Richter ébranle l'un des trois principaux édifices volcaniques enfouis sous le bouclier glaciaire. Fin septembre plus de 200 séismes sont enregistrés en mois de 48 heures, du magma monte vers la surface. Le niveau du lac Grimsvötn est alors au plus bas, or il se remplit régulièrement tous 5 à 10 ans, due à l'intense activité géothermale qui fait fondre la base du glacier. Il se vide régulièrement aussi sous forme de crues, la dernière remonte à 1995.

Le 1 er octobre, on découvre sur le glacier une multitude de cuvettes, larges de 1 à 2 km et profondes de quelques centaines de mètres, elles délimitent une fracture de plus de 4 km entre le Bardarbunga et le Grimsvötn. En s'approchant de la surface le magma fait fondre le glacier.

Le 2 octobre, au matin la glace se rompt sur toute son épaisseur. Une 1 ère explosion propulse un nuage de cendres à plus de 4 000 mètres d'altitude.

Le 3 octobre, le panache s'élève à 10 km d'altitude. L'éruption est modeste, mais 20 000 m3 d'eau s'entassent chaque seconde dans le lac sous-glaciaire de Grimsvötn.

Le 5 octobre, le niveau du lac est de 20 m plus haut à celui de 1938, date à laquelle le Vatnajökull relâcha 40 000 m3 de boue par seconde sur les plaines de Sandur.

L'Islande décide de se préparer : prévision du largage brutal des eaux piégées, fossés creusés afin de canaliser l'eau...

En général les crues du lac commencent lorsque le niveau atteint 1 450 m. Or le 27 octobre, il dépasse déjà les 1 510 m, on estime à 3,2 km3 d'eau piégées sous le glacier.

Le 5 novembre, une vague de 4 à 5 m de hauteur déferle sur la pleine du Sandur. Le débit de l'eau croît à une vitesse extraordinaire de 70 m3/seconde à 6 000, 20 000 puis à 45 000 m3/seconde en fin de soirée. L'eau est boueuse, chargée d'icebergs, de cendres et de blocs rocheux. Elle endommage la route côtière et 3 ou 4 ponts. Les lignes électriques et téléphoniques sont cassées.

Le 6 novembre, une décrue s'amorce et le 7 novembre c'est l'arrêt.

 

 

Eruption de 1998

 Deux ans après la spectaculaire éruption de 1996, un matin de décembre 1998, pratiquement au même endroit, l'histoire a failli se répéter.

A 9h 20, le 18 décembre, un champignon de vapeur et de cendres s'est formé au-dessus du Vatnajökull. A la levée du jour en ce matin d'hiver, vers 11h, la colonne atteignait 1000 m et pouvait être vue de 250 km alentours.

Les appareils de surveillance avaient détecté une activité sismique auparavant. On a craint dans un 1 er temps une répétition du "Jökulhlaup" de 1996, cette avalanche de boue et de glace, mais cette éventualité a été assez vite écartée, le niveau du lac sous glaciaire de Grimsvötn étant relativement bas contrairement à 1996. La quantité d'eau et de glace entraînée par le magma a été évaluée en 1998 à 5% seulement de celle 1996; en outre la puissance de l'éruption a été notablement de plus faible. Les routes ont été maintenues à la circulation et l'espace aérien n'a fait l'objet que de restrictions de vol à proximité de l'éruption.

Le lieu de l'éruption a été localisé vers 1500m d'altitude, au pied du Mont Grimsfjall (1719m) au sud du lac sous glaciaire de Grimsvötn. Une faille de 1km de long et de 300m de large s'est ouverte, laissant apparaître 3 puis 5 cratères. Un magnifique spectacle pouvait être observé d'avion, mais aussi du sol où des groupes quelque peu aventureux se sont approchés du lieu de l'éruption par le versant nord, le plus facilement accessible : violentes explosions, éclairs lumineux dans les volutes de nuages noirs, flots d'eau grise bouillonnante, cendres se répandant à la surface du glacier. L'activité a été en s'atténuant jusqu'à la veille de Noël, et s'est maintenue de façon plus ou moins marquée jusqu'à la fin du mois de décembre.

Le danger du "Jökulhlaup" écarté, l'attention s'est portée sur les retombées de cendres issues de l'éruption; les analyses ont rapidement démontré que les polluants étaient suffisamment peu concentrés pour ne pas entraîner des dangers sur les produits consommables de la région. De plus les changements de direction des vents ont assuré une dispersion suffisamment large des cendres, vers le nord, recouvrant la neige d'une couche grise, et vers une grande partie du sud et l'est de la région.

Les scientifiques s'accordent à penser que l'activité volcanique sous le Vatnajökull semble retrouver aujourd'hui une intense activité. Avant 1996, la dernière manifestation dans cette zone remontait à 1983, après la grande éruption de 1934 et l'accalmie qui l'a suivie. L'éruption de 1998 est considérée comme la 60 ème des périodes d'activité du Grimsvötn recensées depuis 3000 ans. L'observation et l'analyse des couches de cendres piégées dans la glace montrent que les périodes de pointe d'activité se déroulent à des intervalles de 130 à 140 ans, séparés par des périodes de calme de 40 à 80 ans....On peut donc s'attendre à d'autres éruptions dans cette région, mais ce que nul ne peut prédire c'est si la prochaine manifestation sera aussi sympathique et inoffensive que celle de 1998.

 

( D'après Victoria Crib, Iceland Review 1/99 et traduit par JP Tachet)

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