PLAN DU STRUTHOF

Ce plan est dressé d'après le relevé de l'architecte en chef des monuments historiques, le 10 octobre 1955. En (9), le "ravin de la mort" fait référence au fait qu'on y bousculait les prisonniers pour les abattre sous prétexte d'évasion.

Actuellement, on n'y trouvera plus l'ensemble des baraquements: la plupart de ceux-ci ont été brûlés en 1978 par un groupuscule d'extrême-droite qui prétendait que le camp était une "imposture". Ceci a donc eu lieu en gros quand le scandale "Faurisson" a débuté en France, en 78 et surtout en 79 lors d'une polémique dans le journal "Le Monde". Cela tombait bien comme M. Faurisson prétendait avoir examiné des milliers de pièces et avoir vu personnellement de nombreux endroits; en voilà un au moins qui n'avait plus besoin d'être visité.

Du moins pour les baraquements, car si les baraques brûlées étaient en bois, facilement inflammables et dans l'enceinte du camp principal, très mal gardé, il était plus difficile de brûler la chambre à gaz (notée en 13 sur le plan) qui était, et est toujours vis-à-vis d'une auberge reçevant des clients, à 500 ou 600 mètres du camp lui-même, et où dorment naturellement les aubergistes, à quelques dizaines de mètres à peine de la petite maison contenant la chambre.

Ceci n'empêche pas Faurisson d'écrire:

En Alsace la "chambre à gaz" du Struthof est intéressante à visiter. On y lit sur place la confession de Josef Kramer. C'est par un "trou" (sic) que Kramer versait "une certaine quantité de sels cyanhydriques", puis "une certaine quantité d'eau" : le tout dégageait un gaz qui tuait à peu près en une minute. Le "trou" qu'on voit aujourd'hui a été si grossièrement fait par un coup de burin que quatre carreaux de faïence en ont été brisés. Kramer se servait d'un "entonnoir à robinet". Je ne vois ni comment il pouvait empêcher ce gaz de refluer par ce trou grossier, ni comment il pouvait admettre que le gaz, s'évacuant par la cheminée, aille se répandre sous les fenêtres de sa villa. Qu'on passe dans une pièce voisine et, là, qu'on m'explique cette affaire de cadavres conservés pour le professeur Hirt dans des "cuves à formol", qui ne sont, en fait, que des cuves à choucroute et à pommes de terre, munies de simples abattants de bois sans étanchéité.

Ceci est une citation de "Verité historique ou vérité politique ?" de Serge Thion, éditions de la Vieille Taupe.

Le texte est d'une telle sottise qu'on peut se demander si M. Faurisson est idiot ou de mauvaise foi. M. Faurisson parle du "trou" qu'on voit aujourd'hui et que vous pouvez voir également sur ce site; ce trou est du à l'enlèvement de l'entonnoir et de son tuyau, que M. Faurisson ne risquait plus de voir puisque l'entonnoir se trouve au Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon. Evidemment, si le tuyau et l'entonnoir ne sont plus là, il y un trou dans le mur, et comme il le fait remarquer, la chambre n'est plus étanche dans ces conditions. Par contre, M. Faurisson indique lui-même que Kramer utilisait un entonnoir muni d'un robinet; dans ses aveux, que ce soit la première version ou la seconde, Kramer n'a jamais indiqué d'ailleurs jamais avoir versé quoique ce soit par un trou mais toujours par un entonnoir de ce type. Il faut croire que M. Faurisson est soit idiot s'il supposait qu'on avait installé un entonnoir sans le sceller à travers le mur, soit de mauvaise foi, en parlant tantôt de trou, tantôt d'entonnoir, comme cela l'arrange le mieux. Evidemment, M. Faurisson semble plutôt de mauvaise foi qu'idiot, puisque ce trou (sic) n'a jamais existé dans les aveux de Kramer.

On est sidéré aussi de voir le même supposer que la villa du commandant aie pu être intoxiquée par des émanations de gaz cyanhydriques, puisque le plan montre qu'elle était à 500 mètres de là. L'orifice du tuyau d'évacuation étant à au moins 6 mètres de hauteur, on pouvait très certainement se tenir tranquillement au pied même de la maison servant de chambre à gaz.

Voici une vue d'ensemble depuis le bas de cette colline, où on distingue à la fois le camp et les bâtiments de la ferme dont celui de la chambre à gaz.

De nos jours, cette photo ne pourrait plus être prise, de nombreux arbres bouchant la vue vers le camp (la villa du commandant n'existe d'ailleurs plus). La chambre à gaz est située dans un des bâtiments à moitié coupés par le bord droit de la photo, au bas de celle-ci et derrière la ferme; la villa du commandant avec sa piscine est située juste avant la série de baraques du camp, au fond de la photo; on la distingue mal mais il suffit de souvenir qu'elle est au bout de la route, mieux visible, qui part sur la gauche juste avant l'entrée du camp. La distance est énorme. On a du mal à saisir pourquoi d'après Faurisson les gazs se seraient répandus "sous la fenêtre de la villa du commandant" plutôt que dans les garages, à gauche de la chambre à gaz, ou vers la ferme au premier plan; la seule réponse possible est que Faurisson pense sans doute davantage impressionner le lecteur en prétendant que le commandant se serait intoxiqué lui-même plutôt que de dire qu'il aurait intoxiqué les ouvriers du garage.

Pour celui qui y a été voir, la hauteur de l'orifice du tuyau d'évacuation permettait déjà de se tenir au pied de la maison sans risque. Au plus près du pied de la cheminée la dilution était déjà telle qu'elle aurait permis de donner tout le temps de s'écarter en cas de vent rabattant; et naturellement la dilution progresse d'un facteur compris entre le carré et le cube de la distance, ce qui retire absolument tout danger à quelques dizaines de mètres.

Quant à la pièce voisine où se seraient trouvées des "cuves à choucroute et à pommes de terre" qui auraient contenu des cadavres dans du formol, cette phrase est d'une stupidité confondante. Les cuves se trouvaient non dans la pièce d'à côté mais dans le sous-sol de la morgue de Strasbourg, à l'autre extrémité de la plaine alsacienne (70 kms).

Et si M. Faurisson suppose que les mêmes cuves peuvent servir à conserver indifféremment des pommes de terre ou de la choucroute, "avec un simple abattant de bois", quiconque aura vu les photos des cuves pourra conclure qu'il s'y connaît beaucoup mieux dans l'art d'outrager les morts que dans la fabrication de la choucroute.

En fait, M. Faurisson semble, au moment où il écrivait ceci, avoir seulement lu quelques documents concernant le Struthof et avoir mélangé beaucoup de choses, sans jamais l'avoir visité; ou bien encore il ment outrageusement et délibérément, ce qui ne peut être exclu.