LES PREUVES
La première preuve est que Kramer parle dans ses seconds aveux de 86 corps, et pas de 87. Il semble donc au courant du nombre fait qu'une victime a été tuée pour n'avoir pas voulu malgré la force entrer dans la chambre à gaz et que son corps n'était pas utilisable. Evidemment ceci pourrait lui avoir été dit par la personne l'interrogeant, aussi nous n'y insisterons pas.
Par contre, il dit dès le premier interrogatoire que les victimes provenaient d'Auschwitz: or il n'a pu le savoir que, soit par son courrier, soit en constatant que les prisonniers étaient tatoués sur l'avant-bras. Kramer était commandant à Auschwitz auparavant et connaissait donc cette particularité. Quand Kramer dit que les victimes venaient d'Auschwitz, ceci donne beaucoup de poids à la fois à ses aveux et aux courriers de l'Ahnenerbe que nous citons plus loin.
Tous les corps retrouvés à la morgue de Strasbourg avaient un numéro tatoué sur l'avant-bras: ou plutôt la très grande majorité avait une pièce de peau manquante à l'endroit précis où le tatouage aurait du se trouver. Une seule victime encore intacte a pu être identifiée (Menachem Taffel), les autres ayant été découpées et rendues ainsi anonymes malgré les efforts de Henrypierre dont les chiffres portés sur la majeure partie des pièces anatomiques s'étaient effacés.
Un exemple (nous pourrions en donner beaucoup plus) de masquage délibéré des chiffres de tatouage: on voit que l'avant-bras droit a une partie manquante: la peau correspondant au tatouage est excisée.

Admettons même que ces preuves soient trop légères. Le camp du Struthof tenait ses statistiques quant aux décès et aux entrées, et ces registres ont été récupérés également. Les allemands étant très ordonnés, nous pouvons immédiatement constater l'anomalie correspondant aux gazages des juifs en août 44: alors que les allemands tenaient une comptabilité serrée des morts du camp avec leur causes (même quand il s'agissait de pendaisons, par ordre de Himmler), il y a un silence complet quant à ces meurtres et à leur cause uniquement pour les deux semaines en question (il n'y a que deux exceptions à cette règle: le meurtre sans jugement de quatre espions franco-britanniques, et l'assassinat d'environ 150 partisans quand le camp a été évacué début septembre 1944).
Le registre des entrées
Le «Bautagebuch» est une preuve accablante pour l'existence de gazages au Struthof. Il s'agit d'un registre où chaque semaine étaient consignés, les entrées, les sorties, les transferts et bien évidemment les décès survenus au camp. Les allemands n'ont pas oublié de noter les entrées et les sorties des 87 juifs en provenance d'Auschwitz.
Sur ce registre et au revers, de chaque page, étaient consignées les cause des décès, même les plus déshonorantes ou compromettantes après la guerre si jamais les allemands avaient pensé qu'ils la perdraient: ainsi, un prisonnier qui a tenté de s'évader, est noté comme ayant été pendu sur l'ordre d'Himmler («By order of Supreme Chief of the SS..), alors qu'évidemment les conventions internationales signées également par les nazis l'interdisaient sans procès régulier.
Mais les 87 juifs n'ont droit à aucune explication au revers du «Bautagebuch». Non plus que lors de l'exécution de quatre espions alliés sans jugement et de 150 à 200 résistants (lors de l'évacuation du camp).

Notez les 30 «Juden» de la colonne Abgang dans la semaine du 14 août 1943. Ce sont les femmes du convoi.
Vous pouvez maintenant voir les 57 Juden du «Bautagebuch»de la semaine du 21 août: ce sont les hommes assassinés dans la chambre à gaz.

Le décompte est plus que précis puisqu'il tient compte de l'homme abattu d'une balle dans la tête pour n'avoir pas voulu rentrer dans la chambre à gaz (le 87ème homme non livré à l'Institut).
Et les raisons sont absentes des verso du Bautagebuch (par exemple de la semaine du 14):

Les morts de la semaine ont tous une explication, par exemple un ordre de Himmler. Les juifs n'en ont aucune, ce qui est totalement exceptionnel.