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 Le langage corporel:

Il me semble personnellement que donner une claque au cheval pour une simple invasion spatiale est excessivement sévère et ne tient pas compte du fait qu'en tant qu'animal proie, le cheval interprète très certainement toute brutalité de notre part comme un acte de prédation. Il vaut donc mieux éviter au maximum ce genre d'attitude répressive si l'on désire établir avec lui une relation de confiance. De plus, contrairement à ce qu'affirme Karen HAYES, agir ainsi n'a pas vraiment de rapport avec le langage corporel du cheval, et correspond dans tous les cas à un comportement de faible. En effet, dans la hiérarchie sociale équine, seuls les faibles sont obligés de se battre physiquement, les véritables dominants s'imposant par leur seule autorité naturelle.

Cela ne veut bien sûr pas dire qu'il faut rester passif quand le cheval envahit ainsi irrespectueusement notre espace; il faut bien au contraire l'en chasser immédiatement et envahir brusquement le sien en se faisant le plus impressionnant possible, à l'aide de grands gestes et de beaucoup de bruit. Mais on doit éviter de tomber dans le piège consistant à adopter un comportement de prédateur, ce qui aurait très probablement pour effet de déclencher chez le cheval la réponse de fuite.

Néanmoins, il me semble encore bien plus important d'essayer de traiter ces problèmes de manque de respect et de soumission à la racine, en se servant réellement du langage corporel tel que le cheval le comprend. Celui-ci est en effet son principal mode de communication: il l'utilise bien plus que les vocalisations et la communication olfactive, pour des raisons évidentes de discrétion vis-à-vis des prédateurs potentiels. De plus, le cheval, qui est un véritable maître en ce qui concerne la détection et l'interprétation du langage corporel pourtant fort discret de ses congénères, n'a également aucune difficulté à détecter et interpréter le nôtre, même si celui-ci est le plus souvent exprimé inconsciemment et est plus ou moins masqué par nos vêtements.

C'est sur ces constatations que sont basées des méthodes comme celles de Klaus Ferdinand HEMPFLING ou Pat PARELLI. Elles consistent, au cours de nombreuses séances de travail à pied, à exprimer au cheval la dominance de l'homme par l'intermédiaire du langage corporel, et visent à obtenir de sa part une attitude générale de respect. Il est tout à fait possible d'intégrer à l'équitation habituelle certaines parties de ces méthodes, par exemple les sept jeux de Pat PARELLI, et d'obtenir grâce à elles des chevaux plus soumis, plus attentifs et plus confiants.
 
 Nourrir à la main:

A la différence de Karen HAYES, je ne pense pas que nourrir les chevaux à la main soit néfaste et doive être évité, à condition bien sûr que cela soit fait correctement. Bien au contraire, je vois le fait de nourrir à la main comme une occasion supplémentaire de vérifier que le cheval est réellement soumis et respectueux, et le cas échéant de rectifier un peu sa conduite.

En effet, un cheval subordonné ne s'approche jamais de la nourriture d'un dominant sans que celui-ci ne l'y ait clairement autorisé. Si quand vous vous présentez avec de la nourriture, votre cheval vous fonce dessus, envahit votre espace, fouille dans vos poches ou vous mordille, il y a clairement un manque de respect de sa part: il ne vous considère pas réellement comme un dominant crédible.

Dans ce cas, vous devez immédiatement repousser le cheval en dehors de votre espace personnel, très fermement mais sans brutalité. Il reviendra certainement à la charge plusieurs fois; vous devrez le repousser de nouveau sans rien lui donner, et persister dans cette attitude tant que vous n'aurez pas obtenu de lui un début de respect, à savoir au moins quelques secondes d'immobilité sans violation de votre espace. Vous récompenserez alors ce début d'amélioration en donnant à votre cheval un peu de nourriture, et aurez sans doute à recommencer l'ensemble de cette procédure à plusieurs reprises avant que les tentatives d'invasion spatiale précédant l'obtention de l'immobilité ne commencent à diminuer en nombre et en intensité.

Si vous présentez cette attitude ferme d'une manière constante, le cheval comprendra rapidement qu'il doit vous respecter s'il veut avoir quelque chose. Vous pourrez alors aller plus loin, et exiger qu'il recule d'un ou plusieurs pas puis reste immobile à chaque fois que vous vous présentez avec de la nourriture: une fois appris, ce comportement respectueux vous permettra de remplir la mangeoire de votre cheval tranquillement, sans qu'il ne vienne vous déranger. Enfin, vous pourrez même exiger de lui qu'il vous donne un signe de soumission, comme abaisser sa tête et mâchouiller, avant de le nourrir à la main ou de le laisser accéder à sa mangeoire.

Dans un même ordre d'idées, vous pouvez vérifier et affirmer votre dominance en vous interposant entre votre cheval et sa nourriture alors qu'il mange. S'il s'en éloigne par le seul fait de votre présence et de votre langage corporel, sans que vous ayez à le repousser physiquement, c'est parfait: vous êtes respecté. Si vous avez besoin de le repousser de la main mais qu'il vous obéit néanmoins sans broncher, ce n'est pas trop mal, vous êtes sur la bonne voie. Mais s'il refuse de bouger ou vous menace en couchant ses oreilles alors que vous vous approchez de sa nourriture, vous n'avez alors plus qu'à le forcer à s'en éloigner en le repoussant et en envahissant brusquement son espace personnel, comme le ferait un cheval dominant voulant s'approprier sa nourriture. Vous ne le laisserez s'en approcher de nouveau que quand il vous aura montré des signes clairs de respect et de soumission, et répéterez cette procédure de manière régulière.

Tout ceci vous semble peut-être n'être qu'un ramassis de détails minuscules et insignifiants; c'est pourtant en additionnant ces petits détails que vous arriverez progressivement à ce que votre cheval vous offre de manière constante une attitude soumise et coopérative. Obtenir de lui qu'il vous respecte et vous fasse confiance en tant que dominant, comme il le ferait envers le cheval dominant de sa harde, nécessite que vous fassiez en permanence preuve de consistance dans votre autorité, mais ne sera certainement pas sans effet bénéfique sur son comportement sous la selle.

N'oubliez de toute manière jamais qu'à chaque fois que vous interagissez avec votre cheval, que ce soit en selle ou à côté de lui, vous lui apprenez certains comportements et en réprimez d'autres. Vous devez donc en permanence prendre garde à ne renforcer que les comportements que vous souhaitez voir s'exprimer, et éviter de récompenser par inadvertance les comportements que vous jugez indésirables.
 
 La surveillance des alentours:

Dans la nature, le cheval est une proie dont la survie ne dépend que de sa capacité à s'enfuir le plus rapidement possible en cas d'attaque d'un prédateur. Il doit donc en permanence surveiller son environnement, afin de détecter ces attaques le plus tôt possible.

Dans les hardes de chevaux, cette surveillance se fait à tour de rôle: certains montent la garde, prêts à donner l'alerte, ce qui permet aux autres de se reposer sans devenir trop vulnérables. Le cheval ne dort de toute manière que très peu, au total seulement sept heures par jour, et reste debout la majeure partie de ce temps; son sommeil n'est alors que léger, et il peut être réveillé très rapidement en cas d'alerte. La phase de sommeil profond, pendant laquelle se produisent les rêves, est appelée sommeil paradoxal; elle est indispensable à l'équilibre psychologique et physiologique du cheval, mais n'excède pas quelques dizaines de minutes par jour, et c'est pendant cette phase que le cheval a besoin de s'allonger complètement au sol.

A l'intérieur d'une harde, le cheval dominant est la référence qui permet aux autres chevaux de savoir ce qui est dangereux ou pas. Ses subordonnés lui font confiance, et ne prendront pas peur tant que lui-même n'aura pas peur. Le cheval dominant n'est par conséquent pas seulement celui qui guide et dirige la harde; il est également celui qui apporte à chacun de ses membres protection et sentiment de sécurité. Son comportement et ses actions font donc l'objet d'une attention soutenue et permanente de la part de l'ensemble de ses subordonnés.

En règle générale, on peut dire qu'un cheval ne prête aucune attention à un individu qu'il considère comme subordonné, mais est par contre comme focalisé sur un individu considéré comme dominant: lorsqu'ils interagissent, le subordonné ne quitte pas son supérieur hiérarchique du regard, restant en permanence attentif au moindre des ses gestes. Vous pouvez donc en déduire que si votre cheval ne vous prête aucune attention, semblant tout faire pour vous ignorer, il ne vous considère pas réellement comme un dominant. Au contraire, s'il concentre toute son attention sur vous et vos demandes, il vous fait preuve de sa soumission et de son respect. Le manque d'attention, voire l'indifférence du cheval vis-à-vis de vous et de ce que vous lui demandez de faire est donc le signe supplémentaire d'un manque de soumission.

Le cheval qui ne vous prête aucune attention, ou à plus forte raison prend souvent peur et tente de s'enfuir sans raison apparente n'est en fait que partiellement soumis, même s'il vous tolère sur son dos et semble a priori obéir à vos aides. Il doute du fait que vous soyez réellement dominant et donc capable de le protéger, ce qui génère en lui un sentiment d'insécurité expliquant que sa réponse de peur puisse se déclencher sans raison valable. De plus, son inquiétude le pousse à concentrer son attention sur la surveillance de l'environnement qui vous entoure, ce qui accroît la possibilité qu'il puisse y détecter un pseudo-danger susceptible de déclencher sa réponse de fuite. Cette concentration sur l'environnement se fait au détriment de vous et de vos demandes: elle vous oblige à intensifier vos aides pour vous faire remarquer, ce qui nuit d'autant à la recherche de la légèreté. C'est un peu comme si vous vous adressiez à une personne légèrement sourde: vous êtes obligé de crier pour vous faire comprendre, et vous ne pouvez lui faire passer qu'un message pauvre en nuances.

Vous devez donc pour remédier à ce problème montrer à votre cheval que vous êtes réellement dominant. Le moyen le plus simple et le plus rapide pour y parvenir consiste à utiliser la méthode GENTILI ou le join-up de Monty ROBERTS: ces deux techniques inspirées du comportement naturel du cheval sont des démonstrations de dominance s'effectuant sans brutalité. Elles vous permettent de vous positionner clairement en tant que dominant au sens équin du terme, c'est à dire comme une source d'autorité et de sécurité à laquelle le cheval se soumet volontairement. Une fois que vous vous êtes installé dans cette situation, le cheval concentre en permanence son attention sur vous et éprouve beaucoup moins le besoin de scruter son environnement puisqu'il se sent protégé par votre seule présence.

Le cheval réellement soumis est donc extrêmement attentif: quand vous êtes au sol, il ne vous quitte pas du regard. Quand vous êtes en selle, c'est encore plus flagrant: ses oreilles sont en permanence orientées vers l'arrière, dans votre direction. Il est à votre écoute et semble ignorer totalement le reste de l'environnement, comme si son univers se résumait à vous. Il est également extrêmement calme et relaxé: on dirait presque que votre présence a pour effet de l'envelopper dans une sorte de cocon protecteur, dans lequel il se sent bien et ne prête plus attention qu'à vous.

Les méthodes éthologiques comme celle de Bino Jacopo GENTILI sont un moyen supplémentaire pour obtenir la soumission et la confiance du cheval, mais ne sont pas forcement indispensables: on peut très bien parvenir au même résultat en pratiquant l'équitation la plus académique, à condition toutefois de disposer d'une parfaite maîtrise des aides. L'attitude présentée par les étalons de l'école royale andalouse d'art équestre de Jerez de la Frontera n'en est qu'un exemple parmi d'autres.

Mais quelles que soient les méthodes que vous utilisiez et la discipline que vous pratiquiez, sachez que seul le fait d'obtenir la soumission véritable de votre cheval pourra vous permettre, pour paraphraser Nuno OLIVEIRA, d'essayer de l'intriguer par la discrétion de vos aides.
 
 Les conditionnements:

En psychologie, le terme conditionnement désigne une forme d'apprentissage entraînant une modification du comportement ou des circonstances dans lesquelles un comportement survient. Il existe à ce sujet deux théories majeures, le conditionnement classique et le conditionnement instrumental, également appelé conditionnement opérant.

Le conditionnement classique est l'établissement d'une réaction conditionnelle via une technique découverte par le physiologiste russe Ivan Petrovich PAVLOV (1849 - 1936). Il repose sur l'existence préalable d'une réaction inconditionnelle (Un réflexe), suscitée par un stimulus inconditionnel, le changement essentiel consistant en ce qu'un stimulus qui était précédemment sans effet sur la réaction (Neutre) devient désormais susceptible de la déclencher. La condition essentielle réside dans la répétition, un nombre suffisant de fois, de la procédure dite de renforcement, consistant à présenter le stimulus neutre en continuité temporelle avec le stimulus inconditionnel, de préférence juste avant lui; le stimulus neutre devient alors conditionnel. La capacité à déclencher la réaction du stimulus conditionnel peut disparaître si on le présente de façon répétée sans l'accompagner du stimulus inconditionnel; il y a alors extinction de la réaction conditionnelle.

La découverte du conditionnement par PAVLOV fut accidentelle. Pour ses recherches sur la digestion, PAVLOV eut besoin de prélever de la salive sur ses animaux de laboratoire, des chiens. Il stimula donc la sécrétion de salive en plaçant un peu de nourriture dans leur gueule, et remarqua rapidement que les chiens commençaient à saliver à la simple vue de l'expérimentateur, anticipant la distribution de nourriture. PAVLOV essaya alors d'associer d'autres stimuli à la distribution de nourriture, et découvrit par exemple que s'il faisait sonner une cloche à chaque fois qu'il les nourrissait, les chiens finissaient par saliver en entendant ce son, même si aucune nourriture n'était présentée. Au départ, la nourriture était donc le stimulus inconditionnel et la salivation la réaction inconditionnelle. Après le conditionnement, le son de la cloche était devenu le stimulus conditionnel auquel s'était associée la réaction conditionnelle de salivation. C'est le même phénomène qui explique pourquoi les chevaux commencent à s'agiter et à hennir dans leur boxes quand ils entendent le son familier du chariot dans lequel on leur apporte leur nourriture.

Le conditionnement opérant fut mis en évidence par le psychologue américain Burrhus Frederic SKINNER (1904 - 1990), qui présenta cette théorie dans son premier ouvrage majeur, The behavior of organisms (1938). Fondateur du behaviourisme radical et de l'analyse expérimentale du comportement, SKINNER démontra l'existence de ce second type de conditionnement, dans lequel une réaction est également apprise, mais dans des conditions différentes de celles du conditionnement classique: il n'existe pas de stimulus inconditionnel (Et donc pas de renforcement au sens où le conditionnement classique l'entend.) et, en général, pas de stimulus conditionnel. L'acquisition consiste en ce qu'une réaction devient de plus en plus fréquente du fait qu'elle est suivie par un certain événement (Présentation de nourriture, par exemple.) dont on dit, par analogie avec le conditionnement classique, qu'il produit un renforcement de la réaction.

A titre d'illustration, voici un exemple concret de l'utilisation des deux formes de conditionnement dans le cadre de l'éducation du cheval. Vous commencez par montrer à votre cheval un objet particulier (Cible) et attendez le moment où, mû par sa curiosité, il va spontanément venir toucher avec son nez cette cible pour la flairer ou la goûter. A l'instant précis où il touche la cible, vous offrez au cheval quelque chose qu'il aime, comme une friandise. Ce renforcement positif primaire va faire augmenter la probabilité que le comportement qui lui est associé (C'est-à-dire ce que le cheval fait au même instant: toucher la cible.) se reproduise dans l'avenir; au fur et à mesure des répétitions, le cheval récompensé à chaque fois va venir de plus en plus rapidement toucher la cible, jusqu'à ce que cela devienne quasi-automatique. C'est par des expériences de ce type que l'existence du conditionnement opérant a été démontrée: un animal, enfermé dans ce que l'on appelle une boîte de SKINNER, y apprend progressivement que le fait d'actionner un levier entraîne l'apparition de nourriture. Au départ l'animal n'actionne le levier que par hasard, en explorant son environnement; une fois le comportement appris, il l'actionne volontairement, pour obtenir de la nourriture.

Si maintenant vous ajoutez au renforcement positif primaire un second stimulus, au départ sans signification pour le cheval (Par exemple, le mot "Bien !", prononcé en même temps que vous donnez la friandise.), vous créez en utilisant le conditionnement classique une association entre le renforcement positif primaire et ce second stimulus, qui devient alors un renforcement positif secondaire. Vous pouvez alors vous servir de ce renforcement positif secondaire seul pour pouvoir récompenser de manière très précise les comportements du cheval que vous souhaitez renforcer, mais vous ne devez pas oublier de lui associer de temps en temps le renforcement positif primaire. Si vous ne le faites pas, le renforcement positif secondaire perdra rapidement de son efficacité: enseigné au cheval par conditionnement classique, le renforcement positif secondaire est un stimulus conditionnel qui, s'il est présenté de manière répétée sans le stimulus inconditionnel (Le renforcement positif primaire), perd son efficacité du fait de l'extinction de la réaction conditionnelle (Le fait que le comportement souhaité soit renforcé.).

Si vous utilisez une méthode de ce type, n'oubliez jamais qu'elle n'est qu'un moyen complémentaire d'exprimer clairement au cheval votre satisfaction, mais qu'il reste néanmoins absolument primordial que vous lui offriez simultanément la récompense qu'il recherche en premier lieu, à savoir le renforcement négatif primaire constitué par le fait de céder dans vos mains et vos jambes.
 
 Les renforcements:

Dans la théorie du conditionnement opérant, on désigne par renforcement un stimulus agréable ou désagréable étant la conséquence immédiate d'un comportement, et ayant pour effet de modifier la probabilité que ce comportement se reproduise de nouveau dans une situation semblable.

Le principe de base du conditionnement opérant fut énoncé par le psychologue américain Edward Lee THORNDIKE (1874 - 1949). Dénommé loi d'effet, il y est dit que quand une réponse est suivie d'une récompense (Un renforcement), la probabilité qu'elle survienne de nouveau dans des circonstances semblables augmente: la connexion entre un stimulus donné et une réponse est donc accrue quand la réponse est suivie d'un renforcement. Les théories de THORNDIKE sur l'apprentissage, applicables aux animaux comme aux êtres humains, ajoutèrent le principe d'effet (Succès, plaisir, satisfaction...) au principe d'exercice (Disant que le lien entre le stimulus et la réponse se consolide avec les répétitions.), et ouvrirent la voie aux recherches de Burrhus Frederic SKINNER et au behaviourisme.

Le conditionnement opérant est donc une forme de modification du comportement basée sur l'utilisation de récompenses, les renforcements. Dans ce type de conditionnement, le comportement est récompensé un petit peu à chaque fois qu'il survient (Renforcement continu), ce qui conduit graduellement à la formation d'habitudes solides. Si le comportement n'est pas renforcé à chaque fois qu'il survient (Renforcement partiel ou intermittent), on observe un effet dit de renforcement partiel: l'habitude est moins solide que si elle avait été renforcée d'une manière continue (C'est-à-dire que le stimulus déclenchera la réponse de manière moins fréquente et plus aléatoire.), mais elle est aussi plus difficile à éliminer.

Le renforcement peut être primaire ou secondaire, et positif ou négatif. Un renforcement primaire agit en relation directe avec les instincts naturels du cheval, c'est à dire ce qu'il aime (La nourriture, qu'on lui gratte la base de la crinière...) et ce qu'il n'aime pas (Les pressions que vous induisez avec vos aides dans sa bouche et sur son corps, la douleur...), alors qu'un renforcement secondaire doit lui être appris: il s'agit en effet d'un signal quelconque, ayant été associé dans la mémoire du cheval à un renforcement primaire par conditionnement classique. Donner au cheval quelque chose qu'il aime au moment même où survient le comportement désiré constitue un renforcement positif de ce comportement; le renforcement positif se distingue de la simple récompense par sa synchronisation précise avec le comportement à promouvoir. Supprimer un stimulus qui déplaît au cheval au moment même où un comportement non désiré fait place au comportement désiré constitue un renforcement négatif de ce dernier; le comportement désiré s'en trouve par conséquent promu.

Le renforcement négatif n'a donc rien à voir avec la punition, qui est l'application d'un stimulus désagréable, voire douloureux, après un comportement non désiré, dans le but de l'éliminer. A titre de comparaison, on peut dire que chez les humains, harceler verbalement un enfant jusqu'à ce qu'il ait rangé sa chambre est un exemple de renforcement négatif, alors que lui donner une fessée parce qu'il n'a pas rangé sa chambre est un exemple de punition.
 
 La punition négative:

Beaucoup de confusions et de controverses entourent l'utilisation de stimuli très pénibles pour contrôler le comportement. Couramment, la punition est définie comme le fait d'infliger une souffrance physique ou morale après que soit survenu un comportement que l'on veut éliminer; il s'agit en fait de punition positive, c'est-à-dire l'application a posteriori d'un stimulus hautement désagréable dans le but de décourager un comportement.

L'efficacité de telles méthodes en ce qui concerne le processus d'apprentissage est fortement discutable; Burrhus Frederic SKINNER lui-même considérait la punition comme inefficace et déplorait ses effets secondaires. On considère aujourd'hui que la punition peut tout de même être efficace pour supprimer un comportement, mais seulement si elle est sévère, immédiate et inéluctable. Dans tous les cas, la punition ne provoque pas le désapprentissage d'une habitude, mais seulement sa suppression; celle-ci peut très bien n'être que temporaire, et dans ce cas l'habitude resurgira ultérieurement.

Etant donné que la douleur est chez le cheval une cause d'anxiété et une incitation à la réponse de fuite, voire à l'agression s'il se sent acculé, elle n'a aucun rôle à jouer en ce qui concerne la modification du comportement et l'apprentissage. La punition positive ne devrait de toute manière être utilisée chez le cheval qu'à titre exceptionnel, dans le cas de résistances dangereuses ou de graves problèmes de dominance.

Qu'est-ce donc alors que la punition négative ? Tout simplement la suppression a posteriori d'un stimulus très agréable, dans le but de décourager un comportement indésirable. A ma connaissance, cette notion n'est pas officiellement reconnue en psychologie. Ce n'est pas une raison pour ne pas l'utiliser avec les chevaux, d'autant plus que contrairement à la punition positive, elle ne présente aucun danger.

Prenons le cas concret du cheval qui vous accueille d'une manière agressive lorsque vous le nourrissez, en couchant ses oreilles, voire en menaçant de mordre. Outre le fait qu'il y a là un problème de dominance et de respect (Un cheval subordonné ne s'approche jamais de la nourriture d'un dominant sans que celui-ci ne l'y ait autorisé, et ne le fera certainement pas en le menaçant.), vous récompensez le comportement agressif du cheval si vous choisissez de lui donner quand même sa nourriture; celui-ci s'en trouve renforcé, et sera donc plus difficile à éliminer.

Une approche de ce problème par la punition négative consiste donc à repartir avec la nourriture au premier signe d'irrespect, et à ne revenir que quelques minutes plus tard. Si vous êtes accueillis de la même manière, repartez de nouveau immédiatement avec la nourriture, et persistez dans cette attitude tant que le cheval ne vous offrira pas un comportement correct; il vaut mieux qu'il saute un repas plutôt qu'il ne prenne ce genre d'habitudes.

De plus, la punition négative présente l'énorme avantage de renforcer le comportement correct quand elle cesse: une fois que le cheval se décide à vous accueillir avec une attitude amicale et soumise, vous lui donnez sa nourriture, et récompensez donc en même temps son comportement respectueux.
 
 Les facultés mentales:

En écrivant que les facultés mentales supérieures du cheval ne sont que faiblement développées, Andrew McLEAN ne fait que propager un poncif courant parmi les professionnels du monde équestre. Les recherches scientifiques sérieuses, telles celles de Danielle GOSSIN, Evelyn HANGGI ou Marthe KILEY-WORTHINGTON, ont clairement montré que le cheval se situe dans les sommets de l'intelligence animale, au même niveau que les grands singes ou les dauphins.

On peut alors se demander pourquoi le cheval est victime de ce préjugé, et est généralement considéré comme moins intelligent que d'autres animaux domestiques, le chien en particulier. Trois raisons au moins peuvent expliquer ce malentendu.

Tout d'abord, le cheval est le seul animal domestique dont la survie dans la nature repose exclusivement sur sa capacité à fuir tout danger potentiel, le plus rapidement possible. Cette réponse de fuite, qui est la clé de son système de survie, ne peut être efficace que si elle est déclenchée instantanément à la moindre menace. Le cheval ne prend donc pas le temps d'analyser si ce qu'il perçoit comme un danger menace réellement ou non sa survie. Il le fera seulement après avoir fui. Ce caractère timide et craintif, grâce auquel le cheval a survécu jusqu'à notre ère, est souvent confondu avec de la stupidité.

De plus, contrairement à la majorité de nos animaux domestiques et à nous-mêmes, le cheval est dans la nature une proie et non un prédateur. Cela entraîne l'existence de larges différences entre nos deux espèces: le cheval n'appréhende pas le monde de la même manière que nous, rien que du fait de sa vision monoculaire et panoramique, et n'organise pas ses relations sociales à l'image des nôtres. Que le cheval soit pourvu de qualités cognitives étonnantes ne fait aujourd'hui plus aucun doute, même si celles-ci restent pour nous difficiles à comprendre, probablement à cause de l'anthropomorphisme.

Enfin, la raison majeure pour laquelle le cheval peut nous sembler être stupide est que nous lui imposons le plus souvent un mode de vie qui l'empêche de développer son intelligence à un niveau normal. Non seulement nous l'isolons de ses congénères, le privant des relations sociales, des interactions et des jeux dont il a besoin pour conserver un comportement équilibré, mais en plus nous lui imposons un environnement d'une pauvreté désespérante par rapport à celui qu'il trouverait dans la nature. Enfermé dans son box, le cheval n'a strictement rien à faire en dehors des courts moments où il mange ou dort; il ne peut y acquérir aucune expérience, ce qui explique parfaitement pourquoi une simple branche ou une flaque d'eau au sol peuvent suffire à l'effrayer. Il n'a également aucune possibilité d'assouvir sa curiosité et son goût pour le jeu, alors que ces activités sont reconnues comme étant de très importants facteurs du développement mental. De plus, quand il a la chance de sortir de sa prison, le cheval n'a pas, contrairement au chien, la chance de pouvoir jouer et interagir socialement avec son maître, mais a le plus souvent à subir un travail mécanique et répétitif.

En vérité, par rapport à celui que nous offrons généralement au chien, l'univers que nous imposons au cheval est le plus souvent si dépourvu de jouets et d'expériences enrichissantes que nous devrions plutôt nous demander par quel miracle il arrive à rester aussi intelligent...
 
 Tom ROBERTS:

Né en 1900, Tom ROBERTS fut pendant de nombreuses années chef instructeur de la fédération équestre australienne et membre de l'équipe olympique australienne d'équitation. Il consacra la majeure partie de son existence à essayer de résoudre les problèmes entre chevaux et cavaliers, grâce à sa profonde compréhension des équidés et son grand sens de la pédagogie. Il est l'auteur d'une série de livres équestres aujourd'hui classiques, parmi lesquels on peut notamment citer Horse control and the bit et Horse control - The young horse.

"Pensez avec bonté à votre jeune cheval. Il essaie." Ainsi parlait Tom ROBERTS, dont le souvenir en Australie reste vivace pour l'aide volontaire qu'il a apporté aux cavaliers et aux chevaux.
 
 Kell JEFFERY:

Kell JEFFERY fut probablement le premier équivalent australien de ceux que nous appelons aujourd'hui les 'nouveaux maîtres'. Né en 1878, il mit au point une méthode de débourrage des jeunes chevaux n'utilisant ni la force, ni la menace, ni l'intimidation. Perfectionnée par Maurice WRIGHT, la méthode a pour but de développer chez le jeune cheval une attitude positive, confiante et coopérative envers l'homme.

Il n'y a bien sûr rien de mystérieux dans cette méthode, puisqu'elle est basée sur certaines caractéristiques fondamentales du comportement animal, en particulier l'habituation et la distance d'approche. L'habituation est le fait qu'un stimulus provoquant au départ la peur (Par exemple l'approche de l'homme.) devienne graduellement sans effet sur un animal. Ceci se produit si le stimulus est suffisamment répété sans qu'il ne soit la cause d'une réaction de peur; l'animal devient alors habitué au stimulus. La distance d'approche est la distance minimale à laquelle un objet potentiellement dangereux peut s'approcher d'un animal avant que celui-ci ne s'éloigne ou s'enfuie. Si l'animal apprend que l'objet est une cause de peur, la distance augmente; si au contraire l'animal s'habitue à l'objet, la distance diminue.

L'essence de la méthode JEFFERY est donc d'éviter que le cheval ne prenne peur du fait de l'approche de l'homme, afin que le processus d'habituation à ce stimulus puisse avoir lieu; il faut laisser suffisamment de temps au cheval pour que l'habituation se produise, et par conséquent ne jamais essayer de précipiter les choses. L'entraîneur doit savoir reconnaître les signaux qu'envoie le cheval quand la distance d'approche correspondant à son niveau d'habituation actuel est atteinte, afin de pouvoir se retirer avant que le cheval ne tente de s'enfuir.

La méthode JEFFERY est toujours utilisée de nos jours en Australie par ceux qui veulent entraîner leur cheval sans stress ni traumatisme.
 
Mise à jour du jeudi 14 octobre 1999.
 
 
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