back

Le paradoxe de la musique

Pourquoi donc un compositeur devient-il familier à nos oreilles ? Quelle alchimie subtile nous permet de le reconnaître après avoir écouté quelques mesures de l'une de ses oeuvres ? La réponse tient dans ce mot: obssession. En effet, les compositeurs sont obsédés par une idée fixe, qui traduit leur être profond, et qu'ils poursuivent sans relâche, en écrivant une musique toujours égale à elle-même. On retrouve ce caractère obsessionnel dans de nombreux domaines artistiques, la peinture, la littérature. Cela correspond à une tendance profonde du psychisme humain, qui a besoin de repères stables, de points fixes et familiers, pour ne pas exploser. Mais dans le même temps, il s'agit d'une pulsion de mort, qui est à l'origine de bien des déviances, des guerres, du machisme, des génocides, pour ne citer que quelques exemples. Ainsi donc, le compositeur familier qui charme nos oreilles nous entraîne à petits pas dans un monde fixe, figé, morbide et glacé comme le cristal. Et pourtant, il ne faut pas oublier que dans chaque interprétation d'une oeuvre, au dela des notes écrites sur des partitions, il y a une diversité sans pareil. Chacun des interprètes transforme les notes pour leur donner une texture, une tessiture, qui correspond à ce qu'il est lui-même au moment où il joue. De son humeur, de sa fatigue éventuelle, de ses joies, de ses peines, les notes vont acquérir un caractère irrémédiablement unique, non reproductible, sauf au moyen d'un enregistrement, qui de toutes façons sera modifié par la technique. C'est pourquoi je préfère de loin me rendre dans une salle de concert au lieu de passer toujours les mêmes disques. La musique est donc un paradoxe étonnant, mortelle dans son aspect répétitif et vitale dans la diversité et l'unicité de ses interprétations.

The paradox of music

What makes a music composer sound familiar to us? What kind of subtle alchemy enable us to recognize him after having heard only a few notes? The answer is mostly contained in this word: obsession. Music composers are probably obsessed by one idea, that corresponds deeply to their inner being, and that they pursue in an endless quest, writing again and again the same music. One can find this obsessive behavior in other artistic fields, such as painting and litterature.  This can be traced down to a deep compulsion of the human psyché. We need fixed and stable milestones, otherwise, our fragile psychological equilibrium may be disrupted. But at the same time, this is a death pulsion. It is the precursor of many deviant conducts, wars, machism, genocides, to quote only a few. Therefore, the familiar music composer draggs us towards a freezed world, morbid and cold like cristal. But we must not forget that each time a musician interprets a partition, he creates diversity and life. Each note is transformed, acquires a unique texture that depends on the mood, feelings, technical ability of the interpret. These characteristics cannot be reproduced, expected by means of recording. And a record will be in turn be transformed by the sound engineer, the playback system, the noises and events happening in the room inside which one listens to it. I nevertheless prefer, for these reasons, to go to the concert hall and enjoy a live performance, instead of playing back the same records over and over again. Music is a puzzling paradox, a kind of deadly repetition of freezed notes on a score, but carries life and diversity through its interprets.