Sommaire

 

 

Corps intermédiaires

 

Les régions

Décentralisation - Corps intermédiaires - Subsidiarité

 

Décentralisation

 

Introduction - L'essentiel de la fonction de l'Etat est une fonction subsidiaire qui déborde l'activité des régions, des communautés, des familles. L'Etat a pour rôle de faire la paix sans faire la guerre, la paix intérieure, et la paix avec les autres Etats par le moyen d'unions ou de fédérations. L'Eglise doit mettre la guerre hors la loi. Les sans-Dieu, scandalisés par la guerre faite au nom de Dieu, croient efficace de rendre la loi humaine indépendante de la loi divine. Ils font découler la loi de la volonté du grand nombre. Cette conception dite humanitaire aboutit à une dictature de la majorité, devant laquelle les minorités n'ont qu'à s'assimiler ou à disparaître.

 

Seule la décentralisation des décisions est adaptée à une société libre. L'action efficace qui reste à mettre en oeuvre, c'est l'éducation dans les domaines scientifique et moral. L'économie demande à une grande quantité d'agents d'intégrer un grand nombre de détails, de sorte que pour elle, toute contrainte est une servitude. Une société libre doit être décentralisée. Seules des personnes libres seront capables de créer une économie où l'on prête pour l'amour du prochain, sans chercher de profit.

Un Français est étonné, quand il voyage en Allemagne, en Angleterre, en Amérique, de voir ce que l'esprit civique de la population peut faire sans aucune contrainte. La France semble avoir besoin de la dictature de la majorité pour se soucier du bien commun. L'action de l'Etat va toujours dans le sens d'une augmentation de la contrainte bureaucratique. En matière économique, cette action est très critiquable, quoique tellement omniprésente qu'on ne pourrait pas la supprimer brutalement sans catastrophe. Il faut tendre à lui substituer peu à peu des initiatives personnelles, fondées non pas sur la volonté de puissance, mais sur la volonté de servir.

La dictature du prolétariat a échoué parce que la violence est immorale. Les solutions de force sont tentantes parce qu'elles sont rapides, alors que l'éducation est lente. Dans un débat sur l'avenir de la langue française, Jean Dutourd n'a proposé comme moyen de défendre celle-ci que la contrainte étatique. Comme beaucoup de gens, il ne voit de recours qu'en la contrainte exercée par l'Etat. Par bonheur, un Africain francophone a fait remarquer dans ce débat que la langue française n'a pas besoin d'être défendue, mais d'être enseignée, pratiquée, respectée, et enrichie si nécessaire, ce qui peut être fait sans contrainte par des personnes intelligentes. Les hommes sont des êtres intelligents, et la seule façon de les gouverner est de respecter leur liberté..

En France, la moitié des grandes surfaces ont obtenu l'autorisation d'ouvrir en finançant des partis politiques. Le gouvernement favorise la croissance des entreprises, les fusions, les concentrations, alors que celles-ci ne devraient se faire que pour des motifs sérieux concernant les méthodes de fabrication. La concentration nécessaire à la production en série ne doit pas augmenter au-delà de toute limite, comme elle le fait aujourd'hui, où les grosses entreprises cherchent à diversifier leur production, ce qui est le contraire de leur raison d'être. On ne peut plus dire d'une entreprise qu'elle a pour vocation la fabrication de tel produit, mais uniquement celle de gagner de l'argent, en empiétant le plus possible sur le domaine du voisin.

L'argent dont le but est l'argent, ne sert pas l'homme. Il a partie liée avec la guerre. A Saint Etienne, pendant la première guerre mondiale, le mot d'ordre des industriels qui travaillaient pour l'armée était P.Q.C.D. ("pourvu que ça dure" : c'était ce que disait la mère de Napoléon Bonaparte quand elle apprenait les succès de son fils).

L'homme n'est fait ni pour la solitude, ni pour la multitude, mais pour une société aérée. La concentration de l'argent attire les travailleurs là où se trouve le travail, c'est-à-dire dans les villes, qu'elle transforme en mégapoles horripilantes. Urbanisation et civilisation devraient aller ensemble, mais l'urbanisation issue de l'usure produit des banlieues cancéreuses et une civilisation de l'outrance. On devrait favoriser plutôt la dispersion et l'émiettement des entreprises, tout en sauvegardant les bienfaits de l'association par des unions professionnelles. Dans une société mieux équilibrée, la répartition de la taille des entreprises sera différente. Le nombre des petites et moyennes entreprises sera plus grand, les décisions seront décentralisées et mieux réparties.

La nature des marchandises produites et le volume total de la production ne peuvent être décidés qu'à partir de considérations morales. Ce n'est pas le rôle de l'Etat de définir la morale, mais de l'appliquer. Les techniques modernes permettent une production énorme. On peut nourrir largement toutes les populations du globe. Le fait que des surplus agricoles coexistent avec la pénurie mondiale montre la vanité des efforts des économistes. Il y a des forces immorales qui agissent. Il faut mettre la morale au-dessus de l'argent.

Les théoriciens qui traitent l'économie comme une science étrangère à la morale commettent une erreur. En général, le capitalisme revendique la totale autonomie de l'ordre économique par rapport à la morale. L'économique serait de l'ordre du fait, du naturel : on n'y pourrait rien changer ; moralement, il faudrait qu'on s'en accommode comme on peut, mais il serait chimérique d'espérer modifier une organisation qui est le fruit des grandes lois naturelles de la vie sociale en face des richesses de la terre. - Voilà un point qu'on ne peut pas admettre : l'ordre économique n'est pas autonome, il est soumis aux lois morales, parce qu'il est essentiellement une activité humaine.

L'étude du fonctionnement des marchés fonde l'économie sur l'honnêteté, et non sur l'arnaque, la frime, les pots de vin. - Les élèves de l'école des Hautes Etudes Commerciales (HEC) ont publié une étude sur les arguments publicitaires. La société des huiles Lesieur avait fait une enquête auprès des ménagères : - Quelles qualités recherchez-vous pour une huile de table ? - Réponse : l'huile doit être grasse. - Commentaire : c'est une erreur, car une bonne huile ne doit pas être grasse, et l'huile Lesieur est soigneusement dégraissée. Mais puisque les ménagères pensent qu'elle doit être grasse, la publicité dira que l'huile Lesieur est la plus grasse du monde. - Ainsi on avoue sans vergogne que la publicité préfère mentir que de faire l'éducation du public. - Dans son cours d'économie à l'Ecole Polytechnique, Thierry de Montbrial recense les avantages et les inconvénients de l'inflation. Il conclut que celle-ci apparaît comme un moyen peu glorieux, mais efficace, de résoudre beaucoup de tensions dans une société très conflictuelle, mais que ses effets bénéfiques ne peuvent être opérants que si elle est constamment dénoncée : le vol a besoin de s'appuyer sur le mensonge.

En Louisiane, au 18e siècle, la société esclavagiste avait bonne conscience. Actuellement, l'économie usuraire a bonne conscience. La solution des problèmes économiques passe par la réduction des taux d'intérêt. L'Europe ne doit pas être régie par la concentration économique, mais par la décentralisation et par l'amour du prochain. La réforme à effectuer ne porte pas, du moins dans un premier temps, sur la législation, mais plutôt sur la mentalité générale. On a besoin d'une éducation morale, fondée sur une philosophie disant que le but de la vie n'est pas l'argent. Ce n'est pas l'Etat qui peut donner cette éducation, mais bien les familles, les écoles, les associations qui ont une vocation éducative.

 

605decen.htm 9/11/1999