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Se remettre aux mains du Père
Le seul bien qui soit propre à l'homme, le seul cadeau qu'il puisse faire à son bienfaiteur, est de dire :
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Mon Père, je remets mon âme |
Father, into your hands |
C'est la parole du Christ sur la croix, c'est le saint Sacrifice de la Messe, et, de la part de chaque homme, c'est le seul sacrifice qui puisse être agréé. Comme l'aumône de la pauvre veuve, cette prière établit la réciprocité de l'amour. Cet acte contient en lui tous les commandements. L'homme qui accepte de mourir ne voudra pas tuer un autre homme, même en légitime défense. Si on sait de toute son âme qu'on est mortel, et qu'on l'accepte de toute son âme, on ne tue pas (Simone Weil).
La guerre provient d'un attachement excessif aux biens terrestres, auxquels on attribue une valeur supérieure. Les biens d'ici-bas sont précieux en ce sens que sans eux, l'homme ne pourrait jamais s'élever jusqu'à la notion de l'amour divin (comment en effet concevoir ou désirer celui-ci, si ce n'est par analogie avec les amours d'ici-bas déjà éprouvées) ; ils le sont davantage encore en ce sens que le renoncement à leur égard ouvre la porte à la plénitude de la grâce. Ils sont irréels comme objets d'attachement, mais bien réels comme objets de détachement. Il faut qu'ils existent pour qu'on s'en détache, et plus on s'en détache, plus ils existent (Gustave Thibon). La terre est à la fois un reflet venu du ciel, et un repoussoir vers lui. Les échecs ont plus d'efficacité que les réussites pour conduire au but de la vie. Le mal et la mort aident à se détacher des biens temporels.
Les hommes qui ont banni l'espérance ne voient pas la nécessité de se détacher, et ils recherchent les biens temporels avec une sorte de frénésie. Ils ont un élan particulier vers les sciences et les arts, vers la recherche et ses applications, et peuvent parvenir à une verve incomparable : "Les enfants du siècle sont plus habiles dans leurs affaires que les fils de lumière". Mais cette activité est minée par l'idée sous-jacente que la vérité n'existe pas.
Le métier militaire implique l'acceptation du sacrifice de sa vie. Cela n'autorise pas à prendre la vie des autres. Les militaires qui ont été des saints ne justifient pas la guerre. Saint Maurice a montré par l'exemple qu'on peut être militaire et refuser de tuer. Il s'est laissé massacrer, ainsi que sa légion, en disant : Nous avons des armes, mais nous ne les utiliserons pas, parce que nous sommes chrétiens, et nous aimons mieux mourir que tuer. Saint Louis a fait beaucoup de concessions pour éviter la guerre entre princes chrétiens. Au contraire, il s'est montré belliqueux en face des musulmans, et il a persécuté les Juifs. Il se conformait partiellement à l'Evangile, et partiellement au contresens qui consiste à tuer ceux qui refusent le règne du Christ. Saint Vincent de Paul a approuvé un projet fait par le Chevalier Paul d'aller tirer justice des Turcs, qui gardaient dix mille captifs esclaves en Alger. Il pensait que l'argent qu'on dépensait pour racheter ceux-ci, serait plus utile à supprimer la racine du mal, c'est-à-dire à nettoyer les côtes et les rivages africains tenus par les pirates. Ce projet devait relever la France des insultes que ces barbares prennent sur elle ; on n'aurait su faire une oeuvre plus agréable à Notre Seigneur. Le Père Yves Salem (Saint Vincent de Paul et l'armée, Editions du Cèdre) remarque que saint Vincent, quand il s'en réfère à Jésus Christ, est convaincu que le Sauveur du monde a enseigné une doctrine universelle. - Mais la doctrine de Jésus Christ pousse à racheter les captifs, à évangéliser les infidèles, non à venger des insultes.
La doctrine suivante est plus proche de celle du Christ : Une vie pure, le désir de faire du bien même à des ennemis, la patience inaltérable devant toutes les offenses, le mépris de l'or, l'oubli de la gloire, l'acceptation de la mort : c'est par des armes comme celles-ci que les Turcs seront le mieux soumis. Maintenant, c'est souvent en méchants que nous combattons contre des méchants. Bien que nous portions le nom de chrétiens et le signe de la croix, c'est en Turcs que nous croisons le fer avec les Turcs (Erasme).
Sainte Marguerite-Marie a reçu une révélation privée, demandant à Louis XIV de broder sur ses étendards l'image du Sacré-Coeur. Le roi de France a négligé de le faire. Il voyait peut-être, quand ses armées dévastaient des provinces, que ce n'était pas purement pour la gloire du Tout-Puissant. Il persécutait les protestants pour asseoir son pouvoir politique sur la religion, non pour agir en lieutenant du vrai roi de France qui est Jésus-Christ. Il s'est repenti, à la fin de sa vie, d'avoir trop aimé la guerre, mais non d'avoir aimé la guerre.
Plutôt que d'accepter de haïr ou de demeurer indifférent à mon ennemi qui menace de l'autre côté du rideau de fer, bien malgré moi j'ai compris qu'il est un homme. J'ai découvert avec surprise que les Américains ne sont pas les seuls au monde à piloter des avions pour l'amour du vol. Je me demande si un pilote, parce qu'il vit sous un régime politique différent, peut être différent de tous les pilotes sous tous les régimes de la terre. Je commence à l'aimer, ce pilote de l'ennemi, d'autant plus qu'il est inconnu, que l'on me dit que je n'en ai pas le droit et que personne ne témoigne qu'il y a peut-être du bon en lui alors que tant de gens condamnent ses intentions. Si la guerre éclate, jamais je ne connaîtrai la vérité sur cet homme qui chevauche un avion frappé de l'étoile rouge. Mais si je glisse dans la haine, je serai inévitablement un homme diminué. Tout cela m'attriste, dans cette nuit trop noire et trop belle pour qu'on puisse distinguer une étoile rouge de l'étoile blanche peinte sur mon avion. (Richard Bach, Stranger to the ground, cité par Pierre Clostermann, dans la préface de Jonathan Livingstone le goéland, du même auteur, Flammarion, 1970).
Les jeunes ont un appétit de religion qui les pousse vers les sectes. Il faut que la religion leur montre le visage de la paix.
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Car un enfant nous est né, |
For to us a child is born, |
fin