Sommaire

 

 

 

Jeanne d'Arc

 

 

Les centurions

 

Est-ce que Judas Maccabée, ainsi que le Centurion de l'Evangile, et l'empereur Constantin ont été encouragés par le ciel à guerroyer ?

Judas Maccabée

Judas Maccabée est un personnage de l'Ancien Testament qui fut donné en exemple aux Templiers, dont l'institution, basée sur la religion et la valeur militaire, deux sentiments qui passionnaient les esprits de cette époque, avait été accueillie avec enthousiasme par la Chrétienté. Les Templiers se demandaient si leurs deux vocations de religieux et de soldats n'étaient pas incompatibles. Saint Bernard les a exhortés à accepter de donner la mort et de la recevoir : Combien vous êtes troublés, chevaliers séculiers, tremblant de ravir à la fois la vie de votre adversaire et celle de votre âme ou de périr par sa main, corps et âme ensemble... Comment redouterait-il de mourir ou de vivre, celui pour qui la vie est le Christ, et la mort la récompense ? ... En avant donc, ô ! chevaliers, et frappez d'âme intrépide les ennemis du Christ, assurés que rien ne pourra vous séparer de la charité de Dieu.

Pour les rassurer davantage, on traduisit aux Templiers le livre des frères Maccabées, que leur père mourant exhorta à faire la guerre en disant :

Judas Maccabée, vaillant dès son jeune âge, sera lui-même le chef de votre armée, il conduira la guerre contre les peuples. Adjoignez-vous tous les observateurs de la Loi et vengez votre peuple. Rendez aux païens le mal qu'ils vous ont fait et attachez-vous aux prescriptions de la Loi.

Judas Maccabée étendit le renom de son peuple,
endossa la cuirasse comme un géant
et ceignit ses armes de guerre.
Il engagea mainte bataille,
protégeant le camp par son épée,
rival du lion dans ses hauts faits,
pareil au lionceau rugissant sur sa proie.
Il fit la chasse aux mécréants qu'il dépistait
et livra au feu les perturbateurs de son peuple.
(1 Maccabées 3 1.)

 

Historiquement, ces efforts échouèrent et les Juifs finirent par perdre leur indépendance. La doctrine morale de cette histoire n'est pas conforme à celle de Jésus-Christ, qui interdit la vengeance et prescrit l'amour des ennemis.

Le Centurion

Le serviteur du centurion était malade. Des amis furent envoyés pour demander sa guérison à Jésus, qui se tourna vers la foule qui le suivait : Je vous le dis, même en Israël, je n'ai pas trouvé autant de foi ! Cette parole n'est pas un éloge du paganisme, et ce n'est pas une autorisation de faire la guerre. Jésus a aussi loué la foi d'une païenne et la charité d'une femme de mauvaise vie, et ce n'était pas pour approuver les mauvaises moeurs.

Notre Seigneur n'ordonne pas au centurion de faire de l'objection de conscience. Il laisse à l'intelligence des hommes le soin de comprendre que la guerre est opposée au Saint Esprit. Dans l'Empire romain, les soldats remplissaient les fonctions de policiers, de gendarmes, de fonctionnaires. Le métier militaire n'est pas un péché. Un soldat en temps de paix peut vivre sans péché. C'est la guerre qui est un péché. Dans les premiers siècles de l'Eglise, de nombreux soldats devenaient chrétiens. Aujourd'hui les casques bleus se font tuer et ne tuent personne. Ils donnent la démonstration héroïque de ce que doit être un soldat. Même la fabrication d'armes n'est pas un péché. (N'importe quel outil peut servir d'arme ; au début de leur histoire, les Hébreux ne savaient pas forger le fer ; ils faisaient la guerre avec des bâtons). Mais ceux dont c'est le métier doivent contribuer de façon positive à une oeuvre de paix.

Saint Jean Baptiste a dit aux soldats de se contenter de leur solde. En pays conquis ils se comportaient en brigands et rançonnaient les habitants. La situation était la même au temps de Saint Vincent de Paul, qui écrivait : Un peu partout des soldats sans discipline volent les ornements liturgiques, brisent les tabernacles, emportent les vases sacrés. Seize siècles n'avaient pas suffi pour comprendre les paroles de Saint Jean Baptiste qui avait dit de ne pas commettre de violence. On ne peut pas faire la guerre sans commettre de violence.

Le Seigneur a été attentif à ne dire que ce que ses auditeurs pouvaient porter. On ne peut pas déduire d'un silence une approbation de la guerre. J'ai encore d'autres choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant. Quand le Saint Esprit sera venu, il vous les enseignera... Parmi ces choses, il y a par exemple le fait que l'esclavage est incompatible avec l'Evangile. Les esclaves n'étaient pas considérés comme des hommes, mais seulement comme des soma (des corps). Cependant tous les hommes sont frères. St Paul n'a pas dit aux esclaves de se révolter, mais d'aimer leurs maîtres, non seulement ceux qui sont justes et bons, mais ceux qui sont durs et difficiles. Il a fallu aux chrétiens dix-huit siècles pour éliminer l'esclavage. Est-ce qu'après vingt siècles on éliminera la guerre ?

 

Constantin

L'empereur Constantin a accordé au 4e siècle la liberté religieuse aux chrétiens par l'édit de Milan. C'est à lui qu'il est traditionnel d'accoler la notion de triomphe du christianisme sur le monde païen. On a fait de Constantin l'archétype du prince chrétien, le David du Nouveau Testament. Mais il n'avait rien d'un chrétien. Il massacrait ses rivaux, faisait périr les membres de sa famille, ordonnait d'expulser les infirmes hors des villes ou même de les jeter dans la mer (au moment où un saint a créé les oeuvres hospitalières qui furent les premiers hôpitaux). L'empereur Constantin était tellement craint de son peuple qu'après sa mort personne n'a osé toucher à son corps pendant une semaine. Une conséquence de l'édit de Milan fut que les chrétiens n'eurent plus le droit de refuser le service militaire, comme ils le faisaient généralement. Un siècle plus tard, l'empereur Théodose prit un décret selon lequel seuls les chrétiens purent désormais faire partie de l'armée. Simone Weil dit que les Romains ont adopté la religion chrétienne en la vidant de son contenu.

Constantin et ses soldats ont vu un signe dans le ciel en allant attaquer l'armée de son rival Maxence, qui était retranché dans Rome. Jean-Michel Hornus (attaché au Centre National de la Recherche Scientifique à Paris, Evangile et Labarum, Labor et fides, Genève, 1960) a établi que les soldats, partis de Gaule, ont eu réellement une vision en franchissant les Alpes.

 

C'était un halo produit par la réfraction du soleil dans un nuage de glace, semblable à celui qu'a photographié en 1951, au Groënland, un membre des Expéditions Polaires Françaises (Paul-Emile Victor, La prodigieuse histoire des pôles, Fernand Nathan 1974 page 39). On peut voir dans ce halo, si on veut, une couronne, une croix, et les deux lettres grecques X (Khi) et P (Rho) du monogramme du Christ.

Constantin a interprété mensongèrement ce photo-météore pour donner un aliment à la superstition de ses soldats. Il a prétendu que le Christ lui est apparu, au cours de la nuit suivante, et lui a ordonné d'en faire une image, et d'y ajouter la devise Par ce signe tu vaincras. Ainsi, en transformant la Croix en un étendard militaire, fut fabriqué le Labarum, qui a fanatisé les soldats et leur a donné la victoire sur les forces quatre fois supérieures de Maxence.

Mais le royaume de Dieu est celui du Christ-Roi. Ce n'est pas un royaume de ce monde, où les partisans combattent, et où la paix est celle du plus fort. La paix du Christ s'obtient par l'observation héroïque des commandements. Elle est compatible avec la persécution subie, sinon Jésus n'aurait pas dit Je vous laisse ma paix à ses apôtres, qui allaient tous mourir martyrs.

470centu.htm 8/4/99