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Les contradictions de la Bible proviennent des hommes. Ce serait une exégèse simpliste d'attribuer à Dieu une volonté contradictoire. La véritable exégèse fait ressortir qu'il n'y a pas de contradiction, pas ombre de changement dans l'Etre Eternel.
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Ego sum et non mutor. |
Je suis et je ne change pas. |
L'image de Dieu, c'est le Roc, la Montagne, le Ciel, le firmament ferme et indéformable. Le changement est une contradiction entre le passé et le futur. La vie temporelle est contradictoire, c'est pourquoi elle nous sera enlevée. Dans la vie éternelle seulement nous deviendrons nous-mêmes. Il y a dans la loi et les oeuvres de Moïse beaucoup de choses que Jésus-Christ et l'Eglise ont rendues caduques. Même dans les Psaumes, il y a des versets que les chrétiens mettent entre parenthèses, parce qu'ils n'arrivent pas à les accorder avec la doctrine de l'Evangile. Jésus a dit :
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Il est plus facile que le ciel et la terre passent, plutôt qu'un seul trait de la Loi ne tombe (Luc 16 17). |
It is easier for heaven and earth to disappear than for the least stroke of a pen to drop out of the Law. |
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Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas. (Matthieu 24 35) |
Heaven and earth will pass away, but my words will never pass away. |
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Vous avez entendu qu'il a été dit : oeil pour oeil et dent pour dent. Et moi je vous dis de ne pas résister au méchant. (Matthieu 5 38) |
- You have heard that it was said : eye for eye and tooth for tooth. But I tell you : Do not resist an evil person. |
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Vous avez entendu qu'il a été dit : tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Et moi je vous dis : aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent. (Matthieu 5 43) |
- You have heard that it was said : Love your neighbor and hate your ennemy. But I tell you : Love your ennemies and pray for those who persecute you. |
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Il a été dit : quiconque renvoie sa femme, qu'il lui donne un acte de répudiation. Et moi je vous dis que quiconque renvoie sa femme l'expose à l'adultère ; et quiconque épouse une femme renvoyée commet un adultère. (Matthieu 5 31) |
It has been said : anyone who divorces his wife must give her a certificate of divorce. But I tell you that anyone who divorces his wife, except for marital unfaithfulness, causes her to commit adultery, and anyone who marries a woman so divorced commits adultery. |
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Les Pharisiens, s'approchant, lui demandèrent pour le sonder : "Est-il permis à un homme de renvoyer sa femme ?" Il leur répondit : "Que vous a ordonné Moïse ?" Ils lui dirent : "Moïse a permis de donner un billet de divorce et de répudier". Jésus leur dit : "A cause de la dureté de votre coeur il vous a écrit cette ordonnance. Mais au commencement de la création, Dieu forma un homme et une femme. C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère pour s'attacher à sa femme, et ils seront deux en une seule chair. Que l'homme donc ne sépare pas ce que Dieu a uni". (Marc 10 2) |
Some Pharisees came and tested him by asking : - Is it lawful for a man to divorce his wife ? - What did Moses command you ? he replied. They say : - Moses permitted a man to write a certificate of divorce and send her away. - It was because your hearts were hard that Moses wrote you this law, Jesus replied. But at the beginning of creation God made them male and female. For this reason a man will leave his father and mother and be united with his wife, so the two will become one flesh. So there are non longer two, but one. Therefore what God has joined together, let man no separate. |
Un argument en faveur de la thèse de la guerre juste est que Moïse a ordonné au peuple élu de guerroyer contre ses ennemis. Mais le Tout-Puissant interdit aux hommes de tuer des hommes, donc Il ne leur ordonne pas de faire la guerre. Il faut comprendre le sens des récits bibliques. L'interprétation des prophéties n'est jamais évidente, surtout quand elles contrarient les idées courantes. - Les prophéties disant que le Messie devait souffrir, mourir et ressusciter, n'ont pas été comprises avant leur réalisation. Saint Jean reconnaît que, quand Saint Pierre et lui coururent au tombeau du Christ, ils n'avaient pas encore compris que, d'après l'Ecriture, Jésus devait ressusciter des morts. - A Emmaüs, Jésus ressuscité dit aux disciples : Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans sa gloire ? Et commençant par Moïse et parcourant tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toutes les Ecritures, ce qui le concernait, et qu'ils n'avaient pas compris. - Les passages de la Bible qui font difficulté doivent être réinterprêtés à la lumière de la croix de Jésus-Christ. Les hommes ont tendance à honorer les faux prophètes qui prophétisent vin et cervoise, et qui remplacent l'inspiration divine par leurs idées personnelles ou celles de leur époque. L'esprit du monde tend à affadir la doctrine par la contagion de l'instinct de vengeance. Les faux prophètes encouragent la tentation de placer ici-bas le but de la vie humaine. La terre, qui n'est qu'un passage, pèse sur le ciel, et incline la religion vers la guerre.
L'homme a besoin que l'Etre Suprême justifie la violence. (Jean-Marie Muller, Simone Weil et l'exigence de non-violence). L'humain qui ne dispose pas de la vie éternelle, lorsqu'il décide comme un dieu de la vie et de la mort du prochain, ramène à terre le but de la vie. C'est le fond de la conception païenne. Les pensées de l'homme ne sont pas les pensées de Dieu. La vie et la mort sont incompréhensibles si on oublie la vie éternelle. - Dans le buisson ardent, Dieu dit à Moïse : Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob (Exode 3 5). Jésus a expliqué : Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais le Dieu des vivants. Abraham, Isaac et Jacob vivent de la vie éternelle. Avant les temps messianiques, les Hébreux n'avaient pas compris que la révélation de la vie éternelle impliquait pour les hommes le pardon des offenses et l'amour des ennemis.
Chez tous les peuples anciens, la guerre est liée à des actes religieux : elle est engagée sur l'ordre des dieux, au moins avec leur approbation signifiée par les présages. Toute guerre antique est sainte, au sens large (R de Vaux, Les institutions de l'Ancien Testament, Cerf 1970). Chaque tribu païenne a une divinité dont la fonction tutélaire est de faire la guerre. Sa protection est d'autant plus nécessaire que le danger est plus grand. Les dieux d'Assyrie combattent les divinités des autres peuples ; ils participent aux campagnes des rois, et ceux-ci leur donnent leur part de butin, leur élèvent des temples, et leur sacrifient des prisonniers. Dans la mythologie grecque, non seulement les dieux se battent entre eux, mais ils portent un intérêt passionné à la guerre entre les hommes et y participent activement. La guerre est liée au polythéisme. La Révélation du monothéisme a été la condition nécessaire de l'avènement du Messie, Prince de la Paix.
Simone Weil écrit (Lettre à un religieux) : Ce n'est pas Dieu qui a ordonné de tuer les femmes et les enfants... Le rang de texte sacré, accordé à des récits pleins de cruautés incroyables, m'a toujours tenue éloignée du christianisme, d'autant plus que depuis vingt siècles ces récits n'ont jamais cessé d'exercer une influence sur tous les courants de la pensée chrétienne. - Simone Pétrement explique (Vie de Simone Weil) : Elle ne s'étonnait pas de trouver dans la Bible des récits de massacres... Ce qui l'indignait, c'est que l'extermination soit faite sur un ordre divin, et que ni celui qui a écrit cette histoire, ni la plupart de ceux qui l'ont lue, y compris les chrétiens, n'aient répugné à admettre qu'un tel ordre ait pu être donné. Croire que Dieu peut ordonner aux hommes des actes atroces d'injustice et de cruauté, c'est la plus grande erreur qu'on puisse commettre à son égard. Or tous les textes antérieurs à l'exil sont entachés de cette erreur fondamentale.
Le Créateur conduit tôt ou tard tous les hommes à la mort. Yahvé est assez puissant pour détruire un peuple s'Il le veut, soit par le feu, soit par l'eau, soit par un tremblement de terre (Sodome et Gomorrhe ; le déluge, la mer Rouge ; Coré, Datân et Abiram). Lorsque les Hébreux sont sortis d'Egypte, l'ange de Yahvé a tué tous les premiers-nés des Egyptiens, puis il a détruit l'armée de Pharaon, mais il n'a pas fait faire ces massacres par des hommes. Dieu n'a pas besoin que les hommes tuent. Il a le droit de vie et de mort parce qu'Il est le Juge qui rétribue chacun, mais il ne délègue ce droit à aucun homme, parce qu'aucun homme ne peut donner la rétribution suprême que constitue la vie éternelle. Il n'est pas nécessaire de faire faire aux hommes ce qui leur est interdit de faire. Dans la Thora, il est écrit 24 fois Tu aimeras l'étranger. Yahvé interdit les sacrifices humains, courants chez les païens. Il veut que les hommes aiment leurs ennemis. Il n'a pas ordonné aux Hébreux de faire la guerre. La guerre, c'est des sacrifices humains de jeunes gens. L'homme qui fait la guerre usurpe une prérogative divine.
Yahvé a dit à Moïse (Exode 23 20) :
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Voici que j'envoie un ange devant toi, pour te garder dans le chemin et pour te faire arriver au lieu que j'ai préparé. Sois sur tes gardes en sa présence et écoute sa voix ; ne lui résiste pas, car il ne pardonnerait pas votre transgression, parce que mon nom est en lui. Mais si tu écoutes sa voix, et si tu fais tout ce que je dirai, je serai l'ennemi de tes ennemis et l'adversaire de tes adversaires. Car mon ange marchera devant toi et te conduira vers les Amorrhéens, les Héthéens, les Phérézéens, les Chananéens, les Hévéens et les Jébuséens, et je les exterminerai. Tu n'adoreras pas leurs dieux et tu ne les serviras pas ; tu ne les imiteras pas dans leurs pratiques, mais tu renverseras et briseras leurs stèles. Vous servirez Yahvé, votre Dieu, et il bénira ton pain et ton eau, et j'éloignerai la maladie du milieu de toi. Il n'y aura dans ton pays ni femme qui perde son fruit, ni femme stérile ; je remplirai le nombre de tes jours. |
See, I am sending an angel ahead of you to guard you along the way and to bring you to the place I have prepared. Pay attention to him and listen to what he says. Do not rebel against him ; he will not forgive your rebellion, since my Name is in him. If you listen carefully to what he says and do all that I say, I will be an ennemy to your ennemies, and will oppose those who oppose you. My angel will go ahead of you and bring you into the land of the Amorites, Hittites, Perizzites, Canaanites, Hivites and Jebusites, and I will wipe them out. Do not bow down before their gods or worship them or follow their practices. You must demolish them and break their sacred stones to pieces. Worship the Lord your God, and his blessing will be on your food and water. I will take away sickness from among you, and none will miscarry or be barren in your land. I will give you a full life span. |
Les Hébreux, poursuivis par les Egyptiens, disaient à Moïse : Laisse-nous servir les Egyptiens, car il vaut mieux pour nous servir les Egyptiens que de mourir au désert. Moïse répondait au peuple : N'ayez point de crainte, restez en place... Yahvé combattra pour vous, et vous, restez tranquilles. Cette parole est la vraie doctrine, c'est le thème fondamental des Psaumes : le Tout Puissant nous protège, nous nous confions en sa puissance.
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O Dieu, nous avons ouï de nos oreilles, |
We have heard with our ears, O God ; |
Moïse était capable d'ordonner un massacre de sa propre autorité. Quand Aaron fit un veau d'or, Moïse ordonna le massacre de 3000 Israëlites. Quand Amalec vint attaquer Israël à Raphidim, Moïse dit à Josué : Choisis-nous des hommes et va combattre Amalec ; demain je me tiendrai sur le sommet de la colline, le bâton de Yahvé dans la main. Et Josué défit Amalec et son peuple à la pointe de l'épée. Yahvé dit à Moïse : Ecris cela en souvenir dans le livre, et déclare à Josué que j'effacerai la mémoire d'Amalec de dessous le ciel. On reconnaît la vérité d'une prophétie à ce qu'elle se réalise. La parole ci-dessus n'est pas une prophétie, car elle ne s'est pas réalisée, et elle contredit la suivante : Puisqu'on a levé la main contre le trône de Yahvé, Yahvé est en guerre contre Amalec d'âge en âge. Aucune contradiction ne vient du Très Haut. Plus tard, Samuel ordonnera à Saül de frapper Amalec, d'anéantir tout ce qui est à lui, de faire périr homme, femme, enfant, nourrisson, boeuf et brebis, chameau et âne. C'était l'anathème.
L'anathème ou hérem, forme antique de l'holocauste, était une coutume païenne. Ce pouvait être un sacrifice consécutif à un voeu, pour obtenir la protection des dieux et la victoire. Il était sacrilège de conserver des esclaves ou une part de butin, parce qu'ils appartenaient au dieu protecteur. L'inscription de la stèle de Mesha, au musée du Louvre, témoigne de cette coutume. Mesha, roi de Moab et fils du dieu Kamosh, a appliqué le hérem à deux villes : Le roi d'Israël avait opprimé Moab. Mais je combattis contre sa ville Attaroth. Je la pris et je massacrai tout le peuple de la ville, pour rassasier la vue de Kamosh et de Moab. Et Kamosh me dit : Va ! Prends Nebo à Israël. Je vins de nuit et combattis contre elle depuis le lever de l'aurore jusqu'à midi ; je la pris et massacrai tout, sept mille hommes, jeunes gens, femmes, jeunes filles et esclaves, car je les avais voués au hérem pour Ashtar-Kamosh.
Moïse ordonna une guerre contre les Madianites. Les Hébreux tuèrent tous les hommes, et emmenèrent en captivité les femmes et les enfants. Moïse se mit en colère et leur ordonna de massacrer les femmes et les petits garçons. Il leur permit de garder les petites filles. C'est peut-être pour ce péché qu'il ne fut pas permis à Moïse de passer le Jourdain ni d'entrer en Terre Promise. Josué lui succéda, et traita par l'anathème les peuples de vingt-neuf rois, du midi au nord de la Terre Promise. Ces récits pourraient être considérés comme des formulaires emphatiques (Henri Cazelles, Introduction critique à l'Ancien Testament, Desclée 1973, page 255), s'ils n'avaient pas servi de référence aux chrétiens pour croire qu'ils pouvaient faire la guerre (la prise de Jérusalem par les Croisés a ressemblé au hérem).
Pour les Hébreux l'interdiction de tuer ne s'appliquait pas aux étrangers. Ils n'avaient pas compris que l'Unique n'était pas leur propriété, mais qu'Il avait créé tous les hommes et était le Père de tous. Les hommes considèrent volontiers leurs propres idées comme inspirées. L'expression Yahvé m'a dit ne signifiait pas une réelle inspiration divine. De même quand le pape Urbain II s'écrie Dieu le veut ! ce n'était pas une révélation divine, mais une formule rituelle pour promettre aux combattants la protection céleste. - L'expression Yahvé Sabaoth (Dieu des Armées) ne signifie pas que Dieu combat dans les armées terrestres et prend leur tête. Les armées célestes comprennent les êtres célestes, qui sont les anges et les étoiles. Celles-ci forment une armée parce qu'elles se déplacent toutes ensemble sur la voûte des cieux comme un corps d'armée. Cette interprétation est confirmée par le psaume 33 :
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Par la parole de Yahvé
les cieux ont été faits,
et par le souffle de sa bouche toute leur armée.
Le roi n'est pas sauvé par une grande armée,
le brave préservé par sa grande vigueur.
Notre âme attend Yahvé ;
il est notre secours et notre bouclier.
Cette interprétation est confirmée par de nombreux autres psaumes, comme le psaume 24 :
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Portes, élevez vos linteaux,
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Lift up your heads, O you gates ; |
On peut remarquer qu'en anglais on n'emploie pas l'expression Dieu des Armées, mais celle de Seigneur Tout Puissant. Elle est mieux adaptée, parce qu'effectivement l'armée est le symbole de la puissance. Cependant les oracles de Jérémie contre les nations considèrent les luttes des armées païennes comme exécutant les ordres de Yahvé :
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Ces paroles marquent que même les massacres faits par les méchants qui contreviennent à la loi sont faits en application des lois physiques et psychologiques édictées par le Créateur. C'est Lui qui leur donne la force de manier l'épée. Les crimes des hommes retournent contre eux les forces qui leur sont données pour le bien. Jésus a dit à un gouverneur païen :
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Tu n'aurais sur moi aucun pouvoir s'il ne t'avait été donné d'en haut. |
You would have no power over me if it wer not given to you from above. |
Ainsi la puissance des méchants et leurs armées leur sont données par Dieu. C'est en ce sens qu'on peut prendre le vers de Charles Péguy :
Et les pas des légions avaient marché pour Lui.