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Quand les hommes se battent, les enfants meurent. La guerre fait des veuves et des orphelins, et même des orphelins dont les pères ne sont pas morts ; en quittant le Viet-Nam, les Américains ont abandonné 20.000 enfants amérasiens avec leurs mères. - Dans les îles du Pacifique, les Japonais qui repoussaient les Américains, se sont fait tuer jusqu'au dernier. Les kamikazes allaient à la mort en disant qu'ils voulaient empêcher leurs ennemis de massacrer les femmes et les enfants. Ils les auraient mieux protégés s'ils n'avaient pas fait la guerre. Une Américaine, qui parlait encore un peu la langue de ses cousins français, écrivait à ceux-ci en 1945 : nous avons bombé (sic) Tokyo aujourd'hui. Ce bombardement, fait avec des bombes incendiaires, a tué plus de civils que celui d'Hiroshima. L'incendie géant a déclenché un véritable ouragan qui l'a propagé. Il y a eu 200.000 morts.
Autrefois les chevaliers protégeaient les veuves et les orphelins. Mais leur métier, c'était de faire la guerre. La guerre de Trente ans a réduit la population de l'Allemagne de 16 millions à 6 millions d'habitants. Albert Dürer, le vieux maître nürembergeois, a peint le Chevalier, seul sur son cheval, la figure maigre, vêtu de fer de l'extrémité des pieds au sommet de la tête. Il est suivi de son chien, une bête de taille à mordre. Deux personnages l'accompagnent, le Diable et la Mort (Monseigneur Touchet - La Sainte de la Patrie). Un chevalier (Galéas Visconti, ancêtre des rois de France) avait interdit aux prêtres de prononcer à la messe la prière Dona nobis pacem, donnez-nous la paix.
La guerre totale est le massacre des femmes et des enfants. La première guerre totale moderne a été la guerre de Sécession aux Etats-Unis, qui a tué 600.000 soldats et 400.000 civils, dans le but de libérer les esclaves, et qui a laissé un héritage de haine des deux côtés. - Selon Henri Amouroux, le bombardement des populations civiles a commencé avec la guerre d'Espagne à Guernica. Il a continué avec le bombardement de Rotterdam, fait par erreur après la reddition de la ville (900 morts). La guerre est une escalade de crimes. Elle repose sur la haine et engendre la haine. On en arrive à souhaiter de voir les massacres. Le gouvernement allemand, disant que le but des Alliés était de détruire les Allemands jusqu'au dernier, a fait bombarder Coventry. Il a eu en représailles le bombardement de Dresde. Dans une émission sur le procès du Maréchal Pétain, un déporté français a témoigné qu'il était dans un train immobilisé non loin de Dresde. De là il a vu le bombardement : J'étais heureux ; une ville allemande qui brûlait, c'était ce que je pouvais voir de plus beau. Un aumônier militaire a dit : Jésus-Christ n'a jamais interdit de défendre les femmes et les enfants. Mais Il n'a pas permis de massacrer les femmes et les enfants des ennemis. On estime qu'il y a eu
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à la guerre de 1914 |
un civil tué |
pour 20 soldats |
Au cours de la crise du Golfe, Ronald Reagan a affirmé devant la caméra : les Irakiens vont massacrer les femmes et les enfants au Koweit. Mais il y a eu plus de femmes et d'enfants massacrés chez les Irakiens que chez les alliés. Les journalistes ont rapporté, des hôpitaux de Bassorah, des photos d'enfants mutilés, en disant aux alliés : Vous deviez ne bombarder que des objectifs militaires. On leur a répondu : A Bassorah, tous les objectifs sont militaires. Pour imposer dans le Golfe la loi et l'ordre, selon la formule américaine, on a massacré 100.000 Irakiens. Ensuite les Irakiens ont massacré les Kurdes. Les holocaustes accompagnent et suivent les guerres.
Nos sociétés civilisées, comme la famille et la tribu, sont des sociétés closes. L'humanité entière est la société ouverte... Quand nous posons que le devoir de respecter la vie et la propriété d'autrui est une exigence fondamentale de la vie sociale, de quelle société parlons-nous ? Pour répondre, il suffit de considérer ce qui se passe en temps de guerre. Le meurtre et le pillage, comme aussi la perfidie, la fraude et le mensonge ne deviennent pas seulement licites ; ils sont méritoires. Les belligérants diront, comme les sorcières de Macbeth : Fair is foul, and foul is fair (loyal est félon, félon est loyal). La société dit que les devoirs définis par elle sont bien, en principe, des devoirs envers l'humanité, mais que dans des circonstances exceptionnelles, malheureusement inévitables, l'exercice s'en trouve suspendu... Nous aimons naturellement et directement nos parents et nos concitoyens, tandis que l'amour de l'humanité est indirect et acquis. A ceux-là nous allons tout droit, à celle-ci nous ne venons que par un détour ; car c'est seulement par le Créateur, en Lui, que la religion convie l'homme à aimer le genre humain (Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, page 25).
Toutes les guerres sont civiles, car c'est l'homme contre l'homme qui répand son propre sang (Socrate). Le désir de défendre sa famille engendre les luttes féroces entre familles chrétiennes, racontées dans Colomba (Prosper Mérimée) et dans Le Parrain (Mario Puzo). Celui qui prend l'épée périra par l'épée. Celui qui veut sauver sa famille la fera périr. Les guerres les plus terribles sont fratricides. Plus on est proche d'un frère, mieux on le connaît, plus on sait ce qui peut lui faire du mal, plus la guerre qu'on lui fait est horrible. C'est le cas de la guerre entre Irlandais. Le mauvais esprit est d'autant plus contagieux, le commandement de l'amour est d'autant plus urgent. Quand les gens veulent se battre, il est très difficile de les en dissuader (Kouchner, à propos de la guerre de purification ethnique en Yougoslavie). Sarajevo est une ville assiégée. Assiéger une ville est un crime contre l'humanité, parce que c'est faire la guerre à des êtres humains innocents (Elie Wiesel, La marche du siècle 15 décembre 1993).
Les enfants de la guerre
La guerre n'est pas une fatalité. A quelques rares exceptions, guerre de résistance ou guerre de libération, elle est souvent le fruit de la folie, de la cupidité, voire de la stupidité des hommes. Les mobiles sont souvent dictés par des intérêts économiques, et au-delà par des soucis d'ordre géopolitique. Jusqu'à la première guerre mondiale, les civils étaient relativement épargnés. Le champ de bataille était une affaire de professionnels. Depuis ni les femmes, ni surtout les enfants ne sont à l'abri d'un conflit. Les civils paient un lourd tribut lors d'un conflit, beaucoup plus que les militaires, qui disposent de moyens de protection. Certains belligérants n'hésitent pas à se livrer à des représailles contre des populations civiles pour faire payer l'ennemi, soit en les exterminant, soit en les forçant à l'exil comme c'est le cas aujourd'hui des 100 000 réfugiés hutus rwandais au Zaïre. Selon une estimation de l'UNESCO, entre 1986 et 1996, le tribut payé par les enfants au délire des grands est de deux millions de morts, près de cinq millions d'infirmes, douze millions de sans logis et près d'un million d'orphelins ou d'enfants séparés de leurs parents. La guerre n'est plus l'affaire uniquement des adultes. Actuellement on compte plus de 200 000 enfants soldats dans le monde. Souvent enrôlés par force dans des unités de combat ou manipulés psychiquement, à l'image des adolescents qu'envoyait Hitler sauver ce qui restait de Berlin au moment de la débâcle, ils servent les intérêts des adultes. Que ce soit en Bosnie-Herzégovine, au Rwanda, au Zaïre, au Moyen-Orient ou en Asie, les mômes participent pleinement aux combats aux côtés des grands. Les armes fabriquées aujourd'hui sont légères, plus faciles à manier même pour un gamin. Les salons d'armements ont un succès qui ne s'est jamais démenti. Le dernier en date qui s'est tenu dans un riche pays du Golfe, disposait même de stands de mercenaires prêts à monnayer leurs conseils et leurs services. La solde que l'on fait miroiter aux futurs combattants paraît plus attractive surtout lorsque l'on est pauvre et que l'on n'a plus rien à perdre. Alors pourquoi demain ne pas puiser dans le vivier de ces mômes qui feront le sale boulot à la place des autres ? Certes aujourd'hui les Etats disposent d'une panoplie d'armements nucléaires sophistiqués rendant la levée d'une armée inutile. Mais le risque d'une guerre nucléaire serait fatal pour tous. Alors on préfère gérer des conflits d'où l'on tire d'énormes bénéfices, plutôt que de se livrer à une destruction totale. Car faire la guerre rapporte beaucoup à certains Etats et aux marchands d'armes. Mais qu'adviendra-t-il de ces mômes privés de leur jeunesse, de leurs rêves, et qui plus tard adultes, n'auront connu que la gâchette et la banalisation de l'horreur ? Mais qu'importe ! puisque seul le profit compte. C'est bien connu, le nerf de la guerre, c'est l'argent.
La pauvreté et l'ignorance peuvent aussi conduire à cela. Cette semaine, votre hebdomadaire pousse un cri d'alarme à propos de ces enfants contraints de jouer à la guerre.
(L'Itinérant n° 131. Le Rédacteur en Chef).
La bombe
De la même manière que l'édit de Milan a marqué le début de la civilisation chrétienne, l'événement du 6 août 1945 marque symboliquement la naissance d'une civilisation qui rompt de manière flagrante avec celle qui l'a précédée, où l'humanisme s'affirmait encore respectueux des principes de la vie morale (Desmond Fennell, Uncertain Dawn - Hiroshima and the beginning of post-western civilisation, Sanas, Dublin 1996).
L'acte qui a marqué l'apogée du massacre délibéré de civils, de femmes et d'enfants a été commis de sang-froid et n'a jamais été regretté depuis, bien au contraire. La théorie de la dissuasion nucléaire, qui a été l'un des piliers de la politique occidentale de défense pendant les cinquante dernières années, n'a reposé que sur ce précédent, seul fondement crédible de la menace d'un emploi plus effrayant encore de la stratégie anti-cités. Pour la morale chrétienne qui avait servi de fondement à la civilisation occidentale ainsi que pour celle, plus tardive, qui était issue des Lumières, le meurtre directement voulu de l'innocent représentait un acte de barbarie particulièrement horrible, quelle que soit la fin poursuivie. Le bombardement d'Hiroshima (comme ceux de Nagasaki, Tokyo, Dresde...) n'avait pas directement pour but l'anéantissement d'un objectif militaire, mais d'une ville et de ses habitants en vue de démoraliser l'adversaire et de hâter la fin de la guerre.
Il aurait été possible d'exprimer quelque regret, au moins de forme, pour des actes qui pouvaient être mis au compte de l'exacerbation des passions durant un conflit inhumain. Mais cela aurait vidé de sa force la menace dissuasive. Bien que l'agresseur potentiel soviétique soit désorganisé depuis dix ans, rien ne vient, pas la moindre expression de regret - au contraire un timbre glorifiant l'exploit a été émis en 1995 par les postes américaines.
Les Etats-Unis sont embarqués dans une civilisation qui est aussi différente de la civilisation chrétienne classique que l'était cette civilisation par rapport aux milliers d'années de paganisme qui ont précédé l'Edit de Milan en 313. Il s'agit d'une civilisation dont le principe fondateur est que la mort de n'importe quel nombre d'innocents peut être directement poursuivie dans certains cas (Hugues Duchamp, La Nouvelle Amérique, Catholica automne 1997).
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Que m'importent vos innombrables sacrifices, dit Yahvé. |
The multitude of your sacrifices - what are they to me ? said the Lord. |