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Histoire

 

Restaurer le pouvoir d'achat - To restore the purchasing power

La restauration du pouvoir d'achat des consommateurs permet de rapprocher l'économie de son but qui est de partager équitablement les fruits de l'activité. Cela s'obtient en diminuant les taux d'intérêt usuraires qui réduisent le pouvoir d'achat des travailleurs en les mettant au chômage.

Donne à qui te demande,
et ne te détourne pas
de celui qui veut t'emprunter
(Mathieu 5 42).  

Give to the one who asks you,
and do not turn away from the one who wants to borrow from you.

Mettez-vous en garde contre toute avarice ;
car lorsque quelqu'un est dans l'abondance,
sa vie ne consiste pas dans ce qui lui appartient.
(Luc 12 15).

Be on your guard against all kinds of greed ;
a man's life does not consist in the abundance of his possessions.

Vous ne pouvez servir Dieu et l'Argent.
Les Pharisiens, amis de l'argent, écoutaient cela et le narguaient.
(Luc 16 13).

You cannot serve both God and Money.
The Pharisees, who loved money, heard all this
and were sneering at Jesus.

Il est impossible de faire un travail rémunérateur si on ne dispose pas d'un capital suffisant. Pour mettre le capital (qui est un composé d'outillage et de savoir-faire) à la disposition des travailleurs, deux moyens paraissent voisins, mais diffèrent essentiellement dans leur mode de rémunération. Ce sont la participation et le prêt (les actions et les obligations). La participation est un partage du résultat obtenu en commun. Participer aux gains et aux pertes est légitime, parce que les gains ne sont évalués qu'au vu des résultats obtenus. En cas de difficultés économiques, l'entreprise et son personnel ne risquent pas d'être mis en danger à cause de cela.

Mais il ne faut pas que les dividendes soient trop élevés aux dépens des salaires. Il serait normal que les employés d'une société anonyme soient considérés comme membres de la société à proportion de leur apport de travail, même s'ils n'apportent pas de capital. Ils ont leur mot à dire à l'assemblée générale, car même s'ils ne touchent pas de dividendes, ils font vivre leur famille. Ils ont un intérêt plus grand que les bailleurs de fonds à la bonne marche de l'entreprise, qui pourrait se transformer peu à peu en une coopérative (artel) où la propriété serait collective. (Louis Salleron - Six études sur la propriété collective, Le Portulan, Paris, 1947). La conception de Simone Weil (L'enracinement, Gallimard 1949 p.98) est que les grandes usines seraient abolies. Une grande entreprise serait constituée par un atelier de montage relié à un grand nombre de petits ateliers, d'un ou de quelques ouvriers chacun, dispersés à travers la campagne. Les machines n'appartiendraient pas à l'entreprise. Elles appartiendraient aux minuscules ateliers dispersés partout, propriété individuelle ou collective des ouvriers.

Le prêt est indispensable à l'activité économique. En principe, ceux qui peuvent prêter n'ont pas besoin de travailler, et ceux qui ont besoin de travailler ont besoin de prêts. Le prêt fournit du travail, élève le niveau économique, accroît la liberté, facilite les échanges et le commerce. Prêter les outillages, les bâtiments, les moyens de transport, c'est donner des libertés nécessaires. Le prêt fournit des moyens de paiement indispensables. Les commerçants ont besoin de crédit pour acheter les produits qu'ils revendent ; les artisans en ont besoin pour acheter les outils et les matières premières. Sans le prêt, il n'y a pas de civilisation avancée. Une société dans laquelle l'argent se prête facilement est une société où tout le monde profite des avantages de la richesse. Elle réalise l'idéal du socialisme, mais dans la liberté.

Le prêt fournit au travailleur l'outillage indispensable pour faire fructifier son travail. Celui qui n'a pas un outillage aussi perfectionné que ses concurrents n'a plus qu'à fermer boutique. L'argent n'est pas le but du travail, mais le moyen, pour ceux qui en gagnent, de faire vivre les défavorisés, et de leur procurer des ressources. Les prêts, les salaires, les investissements redistribuent la production aux consommateurs, de préférence à ceux qui en ont le plus besoin. Le prêt favorise particulièrement les petites entreprises. Dans un secteur où une grande entreprise ne peut pas s'implanter avec succès, l'initiative individuelle, secondée par un petit capital, peut réussir, à condition de ne pas être écrasée par les charges. Même des activités marginales par rapport à l'ensemble de l'économie sont importantes pour le plein-emploi. Elles utilisent la main d'oeuvre disponible et récupèrent l'habileté inemployée. La création d'emplois fournit des moyens de paiement qui bénéficient à toute l'économie. Des entreprises qui sont au bord de la faillite peuvent se maintenir grâce à des prêts gratuits, et conserver des emplois au lieu de licencier. L'endettement économique est normal. Il ne fait que traduire la nécessité du prêt. C'est une marque de santé économique. Le désendettement diminue la quantité de monnaie en circulation, et contribue à la crise.

Les charges trop lourdes qui pèsent sur les entreprises ne proviennent pas des prêts mais des intérêts. L'intérêt est une sorte d'impôt forcé qui transfère en toutes circonstances l'argent du pauvre au riche. Le montant des intérêts est fixé indépendamment des résultats financiers, et en cas de crise, cela peut mettre l'entreprise en faillite et le personnel au chômage. L'augmentation des taux d'intérêts entraîne des faillites. On prétend assainir l'économie en supprimant les entreprises non compétitives. Mais les faillites entraînent le chômage et une destruction du capital d'entreprise, ce qui est une perte sèche. Quand l'endettement se fait par accroissement de la monnaie temporaire, la part relative des intérêts dans la masse totale du PIB (produit intérieur brut) augmente sans cesse. Elle en absorbe une fraction non négligeable qui autrement serait affectée à la consommation directe. Elle détruit l'équilibre des dépenses et des recettes des entreprises. Des taux d'intérêt élevés fournissent une épargne excessive et dissuadent les entreprises d'investir. Au lieu de faire de l'inflation pour supprimer le chômage, il vaut mieux diminuer les intérêts. Tant qu'ils sont supérieurs à l'inflation, on peut les diminuer.

Une banque qui emprunte 100 francs à 7% et qui prête 400 francs à 10% perçoit 40 francs d'intérêts (Albert Kieken, note du 8 mars 1993). Le prêt entraîne une création de monnaie temporaire qui est détruite au moment du remboursement, mais les 40 francs d'intérêt ne sont pas détruits, et demeurent la propriété des bénéficiaires. Si ces derniers consomment une partie de ces intérêts, cela augmente les prix plutôt que les quantités consommées. Parmi les entreprises diversement prospères, les unes s'endettent et les autres se désendettent, ce qui en temps normal fait une moyenne. En période de récession, personne ne veut plus s'endetter, mais ceux qui le peuvent continuent à se désendetter, ce qui dégonfle la masse monétaire, et accélère la récession.

Il est paradoxal que les financiers cherchent à éviter l'inflation en augmentant les taux, ce qui n'a qu'un effet à court terme, alors que l'effet inverse se produit à long terme. Les banques sont mal disposées à diminuer le taux de l'intérêt. Elles préfèrent diminuer la masse monétaire en faisant moins de prêts, et en élevant les taux d'intérêt. Malgré les regroupements des banques, le nombre de celles-ci a augmenté d'une façon anormale. Quand un commerce fait faillite, une banque ouvre dans le même local. Sur certaines places des villes, tous les immeubles d'angle sont occupés par des banques. L'activité la plus prospère est celle des banques, jusqu'au moment où elles tuent l'activité économique qui les fait vivre.

Le prêt n'est pas destiné à appauvrir les autres en suscitant la guerre économique. Il doit aider les entreprises en difficulté, profiter à l'emprunteur plus qu'au prêteur, sinon il est détourné de son but, et devient immoral. Le bien commun consiste à enrichir les autres. La prospérité de tous est la prospérité de chacun. La faillite est la mort de l'entreprise. La faillite des autres m'affecte. Ne demande pas pour qui sonne le glas, car il sonne pour toi. (Ernest Hemingway Pour qui sonne le glas). Utiliser mes profits pour tuer mes concurrents est une monstruosité sociale, c'est tuer les clients de mes clients, et, à terme, me suicider. La guerre économique est une politique à courte vue.

 

L'usure

Le vrai nom de l'intérêt du prêt, c'est l'usure. Ce mot a trois sens :

- le sens propre vient du fait que l'objet qu'on prête s'use par l'usage qu'on en fait. Par exemple, si on loue une voiture, outre la consommation d'essence et d'huile, il y a une usure des freins, des pneus, et de toutes les pièces qui sont à vérifier au cours d'une révision.

- le sens étendu désigne la compensation légitime que l'emprunteur paie pour avoir usé la voiture. Dans le cas du prêt d'argent, il y a une usure correspondant à l'inflation et dont la compensation est légitime. La limite de l'usure légitime est le taux d'inflation, qui est en France de l'ordre de 2%.

- le sens courant est la compensation illégitime exigée pour le prêt d'un objet qui ne s'use pas ou qui, étant consommé par l'usage (comme un sac de blé), doit être remplacé par un autre équivalent. Si on prête une liasse de billets de banque, cette liasse disparaît quand elle est utilisée, et on ne peut rendre qu'une autre liasse de même valeur. Les théologiens ont appelé cette dernière opération prêt à la consommation, parce que l'objet prêté est consommé par l'usage. Les économistes modernes ont compris à tort que le prêt à la consommation était celui qui était utilisé pour se procurer de la nourriture. Ils en ont conclu que le prêt d'argent, utilisé pour acheter un outillage de production, n'est pas un prêt à la consommation. Cette fausse interprétation vicie les raisonnements. On considère cependant comme normaux les taux qui engendrent la crise.

 

Nature du prêt

Taux moyen

Seuil de l'usure légale

Crédits aux particuliers. Prêts inférieurs à 10000 francs
Découverts
Prêts supérieurs à 10000 francs.
Crédits immobiliers à taux fixe.
Crédits aux entreprises. Découverts
Ventes à tempérament
Prêts supérieurs à 2 ans à taux fixe

19,70%
16,56%
15,15%
11,61%
14,01%
14,04%
12,06%

26,27%
22,07%
20,20%
15,48%
18,68%
18,72%
16,08%

(Revue Capital, avril 1993).

La société AFER (Association Française d'Epargne et de Retraite, Paris) prospecte des clients en leur écrivant : Si vous, Monsieur, aviez versé 100.000 francs en 1977, vous auriez eu, aujourd'hui (mars 1991), un capital garanti et disponible de 449.319 francs nets d'impôts et hors droits de succession. Les rendements de cette opération sont détaillés comme suit :

1977
1978
1979
1980
1981
1982
1983
1984

10,31%
11,08%
11,48%
13,08%
14,01%
15,33%
16,68%
13,52%

1985
1986
1987
1988
1989
1990
1991


12,62%
12,04%
10,88%
10,58%
10,14%
9,74%
9,76%

Donc sans travail, sans souci, sans risque, j'aurais pu multiplier par 4 mon capital en 14 ans, pendant lesquels a régné un taux de croissance moyen de 2,5%, correspondant à une multiplication du capital par le facteur 1,4. Mon enrichissement serait venu de la mise en faillite de nombreuses entreprises, le taux de chômage étant passé de 4% à 10%. - Comme contre-exemple, aux USA, le taux d'escompte est passé de 9% à 3% en un an, et l'économie est repartie. En Suisse, les banques ont reçu du monde entier des dépôts non rétribués. Cela leur a permis de financer des travaux à des taux d'intérêt très bas. La conséquence a été une économie prospère sans chômage ni inflation.

 

L'offre et la demande

On parle d'ultralibéralisme. C'est un mot qu'il faut définir. Le libéralisme économique consiste à fixer par la loi de l'offre et de la demande les prix et les quantités de produits échangés dans des marchés libres. Ce système améliore la répartition des biens, à condition de satisfaire à des règles : certains trafics sont interdits (esclaves) ou réglementés (drogues, produits pharmaceutiques), et tous les trafics doivent respecter l'honnêteté des transactions. Il faut en outre que les biens échangés soient productibles et reproductibles. Un objet comme un tableau de Van Gogh n'est pas reproductible. Le modèle de base de l'économie classique comprend des biens productibles et reproductibles. Un bien productible est un bien qui peut être produit par du travail humain avec l'aide d'autres biens productibles. Un bien reproductible (selon Ricardo) est un bien qu'on puisse multiplier autant qu'il est nécessaire, et dont la production est encouragée par une concurrence libre de toute entrave. Pour de tels biens, la loi de l'offre et de la demande détermine à la fois les prix et les quantités achetées, adapte les quantités produites aux besoins, et ajuste le prix de vente sur le prix de revient. Cet ajustement permet d'améliorer la répartition des biens.

Le mécanisme de l'offre et de la demande ne permet pas de fixer un juste prix pour un bien non reproductible. Les disettes engendrent les accaparements et le marché noir. La rareté des biens favorise la spéculation. Le trafic des biens non reproductibles favorise les arnaques. C'est ce qui se produit dans le cas de la monnaie, dont la valeur vient de ce que personne n'a le droit d'en fabriquer (sauf les banques, dont la production est étroitement réglementée). Le prix de vente de la monnaie, c'est le taux de l'intérêt, dont le juste montant ne peut pas être déterminé par la loi de l'offre et de la demande. La preuve en est qu'on constate parfois des taux d'intérêt aberrants, tels que 10% par mois (comme en Annam, selon le témoignage de Bernard Moitessier). Le niveau globalement positif en termes réels des taux d'intérêt s'est généralisé au début des années 80. Mais chaque jour leur niveau nominal change, au grand dam des investisseurs qui suivent heure par heure leurs tendances versatiles (Olivier Piot - Finance et économie - La fracture - Marabout 1995). Il est significatif que l'Etat soit obligé de définir légalement un taux maximum. (Pour les autres marchandises, et sauf circonstances exceptionnelles, on n'a pas besoin de définir un prix maximum, ce qui contredirait l'effet stabilisant du marché libre). Il ne faut pas compter sur la loi de l'offre et de la demande pour déterminer un juste taux d'intérêt. La façon de connaître la limite de l'usure est de diminuer les taux d'intérêt jusqu'à ce que le chômage se résorbe. L'ultralibéralisme consiste dans l'oubli de cette condition. Pour que les agents économiques acceptent cela et le fassent volontairement, en dehors d'un régime politique dictatorial, il faut mener une campagne d'information du public.

Conclusion

Pour supprimer le chômage, il faut diminuer les taux d'intérêts tant qu'ils dépassent le taux d'inflation. C'est le seul moyen efficace. On objecte que si les taux sont trop faibles, on ne trouvera pas assez de prêteurs. Mais les petits épargnants mettent leur argent à la banque même si on ne leur sert aucun intérêt. Ils désirent surtout se protéger contre l'inflation. Ce qu'ils recherchent, c'est une retraite qui leur garantisse un revenu assuré jusqu'à la fin de leurs jours. Pour cela, un viager est bien préférable à un placement comportant un intérêt usuraire. Un viager peut être reporté sur plusieurs têtes : conjoint survivant, enfant handicapé (tontine).

Ce sont les sociétés d'investissement qui proposent des taux élevés pour attirer des capitaux. Sans cette spéculation, l'économie se porterait mieux. Une telle réforme ne doit pas se faire par voie autoritaire, mais en comptant sur l'intelligence et la moralité des citoyens. L'obstacle le plus important, c'est que presque personne ne voit cette solution, et que ceux qui l'aperçoivent ont eux-mêmes placé de l'argent dont ils ne voudraient pas laisser diminuer le rendement. Mais vaut-il mieux toucher 8% dans une économie en ruine ou 2% dans une économie prospère ? Si nous ne résolvons pas chez nous le problème du chômage, quelle aide pouvons-nous apporter aux pays en voie de développement ? Quelle aide pouvons-nous attendre de l'Europe, si nous multiplions les problèmes d'un pays par ceux de tous les autres ?

371resta.htm 27/3/99