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La bulle financière

L'inflation

 

L'inflation est l'augmentation des prix. Elle caractérise un accroissement de la quantité de monnaie (ou de sa vitesse de circulation) plus grand que celui de la quantité de marchandises vendues. Au cours du 16e siècle, les prix ont été quintuplés à cause de l'or que l'Espagne avait rapporté d'Amérique (Jean Bodin, Six livres sur la République, 1576). La déflation est une diminution des prix. L'inflation et la déflation s'entretiennent d'elles-mêmes pour des raisons psychologiques. Maurice Allais (qui a eu le prix Nobel d'économie) réclame l'indexation des emprunts sur le taux de l'inflation. L'inflation est la seule forme d'usure (au sens propre) justifiant un taux d'intérêt (égal au taux de l'inflation).

 Le chômage et l'inflation s'opposent, bien que les deux puissent coexister. On a toléré un certain temps "l'inflation rampante" par crainte d'accroître le chômage. Son effet bénéfique vient de ce que le taux de l'inflation se déduit du taux de l'intérêt nominal pour définir le taux de l'intérêt réel. L'inflation a permis d'opérer en douceur des transformations sociales qui autrement eussent été irréalisables. Combien de Français auraient pu accéder à la propriété de leur logement s'ils n'avaient pas bénéficié de taux d'intérêt réels fortement négatifs ? Mais ce moyen peu glorieux n'a d'effet bénéfique que si l'inflation est constamment dénoncée (Thierry de Montbrial. La science économique, PUF 1988, p.406). Autrement dit, le vol n'était efficace que s'il était accompagné de mensonge. Mais on ne croit plus maintenant, comme à une certaine époque, que quand il y a de l'inflation il n'y a pas de chômage (et que, lorsqu'il y a du chômage, il n'y a pas de grève). Si l'inflation est anticipée par les créanciers, elle ne peut pas avoir d'effet favorable, parce qu'alors ils augmentent d'autant le taux d'intérêt nominal. L'économiste Milton Friedman pense qu'il existe un taux de chômage naturel, qui pour les Etats-Unis serait de 6%, et qui ne pourrait être diminué par l'inflation que de manière transitoire, tant que celle-ci n'est pas anticipée. Ce raisonnement s'appuie sur l'hypothèse, non formulée et non justifiée, qu'il y a un taux d'intérêt nominal incompressible.

L'inflation la plus simple à étudier est celle qui se produit quand les impôts ne suffisent pas à financer les dépenses de l'Etat. Dans ce cas les fonctionnaires sont payés en partie avec de la monnaie créée par la Banque centrale et prêtée au Trésor. Une loi de 1974, succédant à un décret de 1973, entérine en France la volonté profonde de lutter contre l'inflation en interdisant définitivement des avances de la Banque de France à l'Etat. La même mesure a été prise dans les autres pays. - Les Banques centrales font tous leurs efforts pour surveiller, limiter, réduire l'inflation, en contrôlant la monnaie d'endettement créée par les autres banques. L'endettement très important engendre un flux monétaire instable, gonflé artificiellement, sujet à des variations difficiles à contrôler, sous l'effet des circonstances, de la psychologie des agents économiques, et de la spéculation. Les autorités monétaires sont prudentes et même timorées quand elles craignent une inflation. Une méthode de la Banque Centrale pour limiter l'inflation, est de résorber une partie de la monnaie d'endettement en augmentant son taux d'intérêt, alors qu'il faudrait le diminuer. Mais si on ne diminue pas les taux d'intérêt nominaux, les taux réels deviennent usuraires. La Banque centrale aurait toute l'autorité nécessaire et la responsabilité légitime d'agir sur la masse monétaire sans augmenter les taux d'intérêt. Elle pourrait refuser d'acheter des actifs sur le marché monétaire sans augmenter le taux directeur.

Les banques ont pour fonction d'orienter la croissance de l'économie vers les besoins réels, en déterminant les secteurs où il faut faire des prêts, et ceux où il faut les refuser. Ce rôle difficile justifie de leur attribuer une relative prospérité. En période de croissance, la stabilité des prix demande une création de monnaie. L'équilibre du flux monétaire et du flux de marchandises détermine les prix. Une émission de monnaie compensée par une augmentation des débouchés n'engendre pas d'inflation. Il ne faut pas que la monnaie émise aille gonfler les hauts revenus, mais qu'elle soit injectée dans la tranche économiquement faible. Il faut mesurer l'émission de monnaie sur la quantité de marchandises, et veiller à son emploi. Cette idée a inspiré des politiques de grands travaux. Il y a beaucoup de travaux qui n'avancent pas assez vite faute de ressources, par exemple le reboisement. On pourrait employer les chômeurs à des travaux de ce genre.

La vraie cause de l'inflation, c'est la rétribution excessive du capital. Le capital produit mais ne consomme pas, de sorte que son augmentation ne sert qu'à la croissance. Cette augmentation justifie une création monétaire. Si celle-ci est plus grande que la croissance, elle engendre l'inflation. Les bénéficiaires achètent plus cher les produits qui leur sont nécessaires, les autres consommateurs manquent d'argent pour acheter le reste des produits, et la surproduction développe le chômage. L'économie usuraire fait que les entreprises sont obligées de croître pour pouvoir payer les intérêts, sous peine de disparaître. C'est une idée contraire au bon sens.

350infla.htm 24/3/99