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Variation du chômage

Effet du chômage

 

L'argent serait un bon moyen de répartir les richesses, si la distribution de l'argent était bien faite. On propose aux riches des produits variés, nouveaux, attractifs et chers. Les pauvres ont d'autres besoins. Les restaurants du cœur ne pallient pas le manque d'argent et le manque d'activité. Une secrétaire au chômage dit : Le chômeur a l'impression qu'il n'existe pas, qu'il ne fait plus partie de la société. Simone Weil (L'enracinement, Idées Gallimard 1949 page 25) : L'initiative et la responsabilité, le sentiment d'être utile et même indispensable, sont des besoins vitaux de l'âme humaine. La privation complète à cet égard est le cas du chômeur, même s'il est secouru de manière à pouvoir manger, s'habiller et se loger. Ce qui fait la liberté d'un homme, c'est son pouvoir créateur, et c'est ce que le chômage lui enlève.

Henry Ford voulait, par sa politique de hauts salaires, que ses ouvriers aussi puissent acheter les voitures qu'ils fabriquaient. Porsche et Boulanger aussi ont conçu des voitures populaires qui devaient être accessibles à tous. Mais ces efforts sont restés isolés, au milieu de la guerre économique. Des placards publicitaires, pour les nouvelles voitures, affichent : Maintenant, nous pouvons tous rouler en 16 soupapes. Tous, cela veut dire tous les riches. C'est la société d'exclusion parfaite, celle où on n'a pas la moindre pensée pour les exclus.

Le chômeur est celui dont le travail n'est pas compétitif. Il ne peut pas se procurer l'outillage nécessaire pour une activité rentable. Il ne peut pas emprunter un capital. Le chômage est pire que l'exploitation abusive de la main-d'œuvre. Il opprime l'homme, non seulement en lui enlevant sa subsistance, mais plus subtilement, en lui enlevant l'habitude d'exercer une activité. Dans un centre d'essais de l'Electricité de France, on a tenté pendant quelque temps de réinsérer des chômeurs. Mais on n'a pas réussi à les intéresser à un travail, ni à les faire s'investir dans ce qu'ils faisaient. Le chômage avait détruit leur énergie. Les allocations de chômage répondent à un devoir de charité qu'il faut remplir, mais qui est insuffisant, parce qu'il ne satisfait pas le besoin humain de se subvenir à soi-même. Il faut prêter gratuitement aux chômeurs de quoi développer des industries et des commerces, et prêter gratuitement aux entreprises existantes de quoi augmenter leur activité et embaucher des chômeurs. L'oeuvre de miséricorde urgente est de créer une banque qui prête gratuitement aux entreprises menacées de faillite pour leur permettre de se maintenir à flot et de conserver leur personnel. Les chômeurs ont besoin de moyens de produire.

Je me souviens d'un Sdf de 50 ans, manchot, rencontré lors d'un retour nocturne de bouclage du journal, et à qui j'avais donné vingt francs pour aller boire quelque chose de chaud (il faisait frais au mois de mai). Je voulais le convaincre d'aller au dépôt-vente du journal. Il avait refusé, en me disant qu'il n'en était plus capable. Mais il m'avait longuement serré la main, en me remerciant d'avoir passé cinq minutes avec lui sur le trottoir, car, m'avait-il dit ça fait trois jours que je n'ai parlé à personne ! N'oublions jamais ça. La misère coupe des autres, elle isole. Elle détruit la personne aussi sûrement que la folie, bien plus encore que la maladie. En prendre son parti, c'est être complice d'un crime social (L'Itinérant n° 146).

"Ce dont les pauvres manquent le plus, c'est de se sentir nécessaires, de se sentir aimés.'est l'état de bannissement que leur impose leur pauvreté qui les ulcère. Pour toutes sortes de maladies il y a des remèdes, des traitements, mais quand on est indésirable, s'il n'y a pas de mains serviables et de coeurs aimants, alors il n'y a pas d'espérance de vraie guérison" (Mère Teresa).

On ne devrait pas mesurer la croissance économique à l'augmentation de la richesse d'un pays, mais au niveau de vie des plus pauvres. La paupérisation s'accroît. Il y a de plus en plus de mendiants dans les rues de Paris. Un Breton, venu de son village pour faire visiter la capitale à sa jeune femme, lui dit : Regarde, Yvette, ici il y a des gens qui fouillent les poubelles. Plus un pays est riche, plus la vie est chère, et plus elle est difficile pour les exclus. Il y aura toujours des riches et des pauvres, mais ceux qui travaillent ne sont pas tout à fait pauvres. Les misérables sont ceux qui ne trouvent pas de travail. Les allocations de chômage ne durent pas toujours.

Le système capitaliste ne peut fonctionner normalement dans un pays qu'aussi longtemps que ce pays peut conquérir et se faire payer tribut par l'étranger (Jean Girone, Partager ou périr, éditions Ocia, Paris 1943, page 293). Il y a un lien entre le problème du chômage et celui des exportations. Les débouchés que nos entreprises ne trouvent pas en France, elles les cherchent à l'étranger, de même que les étrangers cherchent des débouchés en France. Les pays producteurs veulent nous vendre leurs produits, et les pays sous-développés n'ont pas d'argent pour acheter les nôtres. Chacun essaie de rejeter le chômage chez les autres. C'est une cause des guerres, et sans doute des guerres coloniales. Les deux guerres mondiales ont été précédées de crises graves, qui n'ont été résorbées complètement que par les fabrications d'armement au cours des hostilités. Pendant la crise de 1907 il y eut aux Etats-Unis et en Allemagne jusqu'à 35% de chômeurs. En 1914 il y eut encore du chômage en Allemagne. La crise de 1930 a été la cause de l'avènement du nazisme et de la guerre de 1939. Le chômage, c'est l'injustice, et le fruit de l'injustice c'est la guerre.

Opus justitiae pax

 Le fruit de la justice sera la paix, et l'effet de la justice sera repos et sécurité à jamais
(Isaïe 32 17).

The fruit of righteousness will be peace ; the effect of righteousness will be quietness and confidence forever.

Les nations sont ballottées entre deux écueils, le chômage ou la servitude. Elles sont impuissantes, malgré la science des économistes, à définir la voie juste. Bien que les hommes aient tous les moyens d'établir le paradis terrestre, ils sont incapables de le faire. - Les pays communistes ont mené une lutte gigantesque pour établir une société de partage. Ils ont efficacement réduit le nombre des chômeurs, ainsi que le rendement du travail, mais ils n'ont pas résolu le problème de conserver la liberté. - Les nationalisations non plus, même faites sans violence, ne respectent pas la liberté humaine. - La société libérale concentre en peu de mains l'argent nécessaire à l'exercice de la liberté. Le chômage est une nouvelle forme d'esclavage. Pour donner du travail et des moyens de paiement aux chômeurs, il n'y a pas de procédés automatiques. Il faut d'abord convertir la mentalité des employeurs et des bailleurs de fonds, pour que leur souci soit non pas de gagner le maximum d'argent, mais de donner des emplois à tous, même aux moins qualifiés. Il n'y a pas de formule pour cela, mais des solutions partielles à trouver par l'initiative et l'intelligence de chacun.

Il faut surtout que les épargnants n'exigent pas des intérêts trop élevés.

345effet.htm 9/12/1998