Sommaire

 

Agronomie

 

La croissance

 

La croissance économique provient de la croissance démographique et de la croissance de la productivité. La richesse de la France a été multipliée par cinq de 1945 à 1975 grâce à une croissance de 5,5% par an. On a vu augmenter le nombre des automobiles, mais maintenant les rues sont embouteillées. Le mode de vie change. Dans l'avenir, il n'y aura plus de HLM, mais des maisons individuelles à la campagne. Le travail de bureau se fera par ordinateur et téléphone. Les voitures seront réservées aux grandes routes. Les villes, où il ne restera que des voitures électriques, seront décongestionnées. On consacrera du temps aux sciences, aux arts, à la protection du patrimoine et de l'environnement. Dans chaque pays, à chaque époque, il y a un certain taux de croissance possible, qu'on ne peut pas dépasser, parce qu'elle dépend du progrès technique et des possibilités de modification du mode de vie, de la mentalité, de l'éducation, de la civilisation. Les changements ne peuvent pas être trop rapides, car ils dépasseraient la capacité de transformation sociale.

Après les "trente glorieuses", le rythme de la croissance a été freiné par le chômage. Il y a des investissements qui créent des emplois et augmentent la population active, et d'autres qui en suppriment et font des chômeurs. Au début de l'ère industrielle, l'invention des métiers à tisser mécaniques a rencontré l'opposition des ouvriers. - Dans la ville de Roubaix, d'après le témoignage du maire de la ville, la proportion de chômeurs est de 25%, soit le double du reste de la France, alors que la moitié de la population a moins de 25 ans. Une industrie investit 480 millions de francs pour supprimer 150 emplois. - A Waziers, près de Douai, une usine produit 10 tonnes d'hydrogène liquide par jour, avec une équipe de dix personnes. - En Orégon, une usine française produit de l'aluminium par électrolyse avec une équipe de quatre personnes. - Dans le Wisconsin, un éleveur s'occupe seul d'un élevage de 400 boeufs, avec l'aide de sa femme dans les moments de presse. - Les pétroliers géants tournent avec un équipage très réduit. - Il y a soixante ans, les navires bananiers étaient chargés à la Martinique par des milliers de dockers, surtout des femmes. Maintenant la manutention est mécanisée. Un contremaître reconnaît que pour gagner sa vie, il faut savoir lire et écrire.

Un livre de JF Gravier a pour titre Paris et le désert français. Le dépeuplement des campagnes se fait au profit des mégapoles, où les paysans sont contraints d'émigrer pour gagner de l'argent et, comme conséquence de l'usure, l'argent se concentre dans les villes. On s'habitue à faire la queue partout, même pour aller dans les musées.

Le développement démographique est défini par la différence du nombre de naissances et de celui des morts, rapportée à la population Y, pendant l'unité de temps. Au début, la population est très faible, et peut rester faible très longtemps. Dans le cas d'un milieu nourricier inépuisable, et si rien ne la freine, la population augmente de façon exponentielle, et donne l'impression d'une explosion, comme on le voit sur la figure ci-dessous. Cette courbe est appelée courbe logistique par Ilya Prigogine (Physique, temps et devenir, Masson 1982). En choisissant convenablement l'unité de temps, la croissance est définie en fonction du temps t par l'équation différentielle

Y' = Y.

Après quelque temps, l'hypothèse ne reste plus valable. Les ressources naturelles s'épuisent, la pollution augmente, la population plafonne. Le taux de croissance, qui avait commencé par augmenter, diminue et finit par s'annuler. La population augmente, puis se stabilise à une valeur constante. Au bout d'un certain temps, on arrive à la croissance zéro. En désignant par X la population, par N la population maximale qui peut vivre dans un milieu limité donné, les ressources se raréfient dans le rapport (1 - X / N). La courbe de croissance en milieu limité satisfait l'équation

X' = X * (1 - X / N).

L'expansion économique se fait suivant un schéma analogue à celui du développement démographique. Le Club de Rome a proposé de s'en tenir à la "croissance zéro", mais cette proposition n'a pas eu de suite. Il faudrait en arriver le plus rapidement possible à la croissance zéro, pour rétablir un équilibre à peu près satisfaisant, comme celui des sociétés primitives, qui vivaient dans un environnement qu'elles ne gâtaient pas. Les économistes semblent convaincus qu'il faut nécessairement qu'il y ait de l'expansion en économie. Si celle-ci est stationnaire ou régresse, ils pensent que les choses vont mal. On développe une production de biens fictifs, qui ont davantage un caractère psychique ou affectif. (René Thom, Prédire n'est pas expliquer, Eshel 1991). Mais il faut distinguer différents aspects dans la croissance : progrès scientifique et technologique, croissance démographique et économique, progrès politique et moral.

Le progrès scientifique au cours de ce siècle a été considérable, et il ne faut pas l'arrêter. Son développement est l'effet de deux facteurs, qui sont la coordination et la spécialisation. La coordination permet de construire des instruments de plus en plus chers pour les expériences de physique, tels que les synchrotrons. Elle est favorisée par les progrès de la communication qui permet aux chercheurs du monde entier de transmettre chaque jour leurs résultats à ceux de la même spécialité. Mais il n'est plus concevable qu'un Pic de la Mirandole connaisse l'ensemble de toutes les sciences. La spécialisation produit des chercheurs qui connaissent de plus en plus de choses sur des domaines de plus en plus étroits. Les deux facteurs de la recherche demandent toujours plus d'argent et de liberté. Les organismes qui financent les chercheurs ne doivent pas exiger de chacun un rapport mensuel. A l'Université de Princeton, on laissait les chercheurs entièrement libres de faire ce qu'ils voulaient, en n'exigeant d'eux aucun travail précis, ni sous forme de cours, ni de conférences, ni de rapports. C'est le bon moyen d'obtenir des résultats de valeur.

Le progrès scientifique suppose la croissance économique. Une partie de la croissance de la productivité sera absorbée par les impératifs de l'écologie. La croissance démographique ne peut pas être envisagée dans des pays comme les Indes. Cependant le fait de donner du travail aux chômeurs dans tous les pays peut être considéré comme une croissance démographique. Le problème du progrès politique et moral est que toutes les compétences soient utilisées dans un esprit de formation continue, et que chacun soit à la fois élève et professeur vis-à-vis de tous les autres, ce qui devient possible grâce aux communications électroniques. Il ne suffit pas d'établir des normes communes, mais on doit prévenir les conflits. La décentralisation consiste à laisser aux régions et aux corps intermédiaires le maximum d'autonomie et de liberté pour régler leurs problèmes propres. La finance doit être répartie équitablement entre tous dans un climat de liberté.

Calcul de la croissance.

Une partie de la production consiste en produits de consommation, et une autre partie en outillages pour de nouvelles fabrications. La fabrication des outillages est financée par l'épargne sur les produits de consommation, c'est-à-dire constituée à partir des salaires des travailleurs. Cette épargne est investie dans les entreprises qui la rendent aux épargnants quand ceux-ci en ont besoin ou sous forme de rente viagère quand ils prennent leur retraite. Ces investissements peuvent aussi donner lieu à des dividendes (actions) ou à des intérêts (obligations), qui constituent elles-mêmes une épargne qu'on investit. Soient

L le nombre de travailleurs,

L' sa dérivée par rapport au temps (croissance démographique)

q = L' / L son taux de croissance,

y la production annuelle d'un travailleur (ou productivité),

y' sa dérivée par rapport au temps

p = y' /y son taux de croissance,

k le capital investi pour un travailleur

k' sa dérivée par rapport au temps.

La relation entre les variables y et k a été mise sous une forme privilégiée par deux auteurs américains en 1928. Ce sont deux professeurs de l'Université de Chicago, un mathématicien C.W.Cobb, et un économiste P.H.Douglas, spécialiste de la théorie des salaires. On l'appelle fonction de Cobb-Douglas, et avec des unités convenables, elle s'écrit

y = k ^ a (y égale k puissance a)

où la valeur de l'exposant a est voisine de 0,2. L'état de l'économie dans un pays donné et à un moment donné est représenté par un point de cette courbe. En ce point on a la relation

y' / y = a k' / k.

Le taux d'investissement s est l'accroissement du capital investi rapporté à la production :

s = (L k' + L' k) / L y

s = k' / y + k L' / L y

s = (p / a + q) k / y

Appliquons ce résultat au cas d'un nombre de travailleurs L constant, et d'une augmentation de productivité qui met L' travailleurs au chômage, parce que la production totale y L n'a pas besoin d'augmenter :

p y L + y q L = 0

q = - p

Il faut compenser cette diminution du nombre de travailleurs par une embauche de chômeurs, qui correspond à donner au taux q la valeur opposée, et on obtient pour le taux d'investissement :

s = p (1 / a + 1) k / y

Evaluation des coefficients

(d'après Carré, Dubois, Malinvaud, Abrégé de la croissance française, Seuil 1973) .
On définit (p. 122) un coefficient alpha = 1 - a = 0.72 d'où a = 0.28. En 1998, on donne pour la France k / y = 0,6 (et pour les Etats-Unis 1,4). Avec un taux de croissance p = 2,9%, cela correspond à un taux d'investissement

s = 7,95 %.

Le rendement du capital investi est de 7%, soit par rapport au PIB

0,07 * 0,6 = 4,20%

Il reste donc 7,95% - 4,20% = 3,75% du PIB investi à partir de l'épargne sur les salaires.

321crois.htm 19/3/99