La richesse

La monnaie - La croissance - Agronomie

Le chômage - Effet du chômage - Variation du chômage

L'inflation - La bulle financière

Restaurer le pouvoir d'achat - Histoire de l'usure

 

Sommaire

 

La croissance

 

 

La monnaie

 

Résumé. Mécanisme de la pauvreté.

Quand le prix d'une marchandise augmente, la demande diminue et l'offre augmente. Dans un marché libre, le prix s'établit de façon à réaliser l'égalité de l'offre et de la demande. Si le prix de vente dépasse le prix de revient, on augmente la production, et donc aussi l'offre, ce qui fait diminuer le prix d'équilibre du marché. Ce mécanisme stabilisateur ajuste automatiquement le prix de vente sur le prix de revient. En théorie la répartition des marchandises est assurée de façon optimale, et chacun reçoit ce qui lui revient proportionnellement à ce qu'il apporte sur le marché. Cet idéal libéral est contredit par les faits. Il y a des hommes qui ne peuvent apporter que leur force de travail, et qui ne trouvent pas à la monnayer parce qu'elle ne vaut rien : ils sont chômeurs. Il y a une faille quelque part dans la théorie, et il faut la trouver pour y remédier.

Le mécanisme régulateur ne fonctionne pas pour les marchandises qui n'ont pas de prix de revient parce qu'on ne peut pas les fabriquer, par exemple les tableaux de Van Gogh. Dans ce cas la loi de l'offre et de la demande existe toujours, mais elle peut aboutir à des prix aberrants. C'est le cas de la monnaie, qui est une marchandise qu'on n'a pas le droit de fabriquer, parce qu'elle est le monopole de la Banque Centrale, et que les faussaires sont punis. Il en résulte que sa valeur d'échange n'a rien à voir avec son coût de production.

On vend l'usage de la monnaie par le prêt à intérêt. L'intérêt est le prix de vente. Le prêt est essentiel pour la bonne marche de l'économie, à cause de l'utilité du capital dans le processus de production. Mais le mécanisme de l'offre et de la demande peut fixer pour le taux de l'intérêt un montant aberrant. Il faut trouver comment lui attribuer une valeur normale. Quand on prête de l'argent à une entreprise, elle peut améliorer son outillage pour augmenter la production ou diminuer le prix de revient. La croissance de la production doit entraîner une croissance de la consommation, et une augmentation des salaires pour que la nouvelle production puisse être absorbée, sinon les débouchés deviennent insuffisants et conduisent à licencier du personnel. Le rendement du prêt est en rapport avec le taux de croissance de la production, et doit être partagé entre le prêteur (intérêt) et l'emprunteur (augmentation des salaires). Le taux de l'intérêt doit être inférieur au taux de croissance. S'il y a du chômage, c'est la marque que la rétribution du capital est trop élevée.

 

Théorie classique

Celui qui produit des biens s'enrichit, et enrichit les autres. L'utilité des biens est accrue par les échanges. Chacun échange ce qui lui est moins utile contre ce qui lui est plus utile. Jean-Baptiste Say a énoncé la loi des débouchés, suivant laquelle tous les produits sont échangés contre des produits. On conteste parfois la portée de cette loi en disant qu'elle néglige le rôle de la monnaie. Mais elle exprime seulement l'inutilité d'une monnaie qui ne sert pas aux échanges, au moins à terme. La monnaie est une forme de crédit. Avant la guerre, chaque famille avait des comptes chez le boulanger, chez le boucher, à la ferme qui fournissait le lait, et ces comptes ne se réglaient qu'à la fin de la saison. La monnaie est une reconnaissance de dette, une promesse de paiement. Tout le monde a le droit de faire des promesses de paiement, à condition que celles-ci soient gagées sur des biens réels. Les Anglais écrivaient sur un papier les trois lettres IOU (I owe you = je vous dois) suivies de la somme, date et signature. C'était une monnaie privée entre deux personnes se faisant confiance. La confiance est l'élément essentiel du prêt et du crédit. Le marché exige la confiance et l'honnêteté. Le vendeur dit à l'acheteur : Je vous fais crédit, vous me payerez plus tard. Une promesse de paiement signée par le débiteur est une créance.

La monnaie mesure le juste prix des biens et des services. Sa valeur dépend de la quantité en circulation. La fabrication de l'argent est un monopole du banquier. Son prix de revient n'a aucun rapport avec le prix qu'on demande pour le prêter à intérêt. La morale interdit l'usure. La loi de l'offre et de la demande ne permet pas de déterminer le juste taux de l'intérêt, pas plus que le prix des commerces interdits, le commerce des esclaves, de la drogue.. Il y a des services obligatoirement gratuits comme l'assistance aux personnes en danger. C'était autrefois une tradition pour les médecins de soigner gratuitement les indigents.

La monnaie est une promesse de paiement à une certaine échelle. Comme, à une certaine échelle, un feu de circulation "est" un signal d'une certaine couleur. En regardant les choses à une échelle différente, la monnaie aussi bien que les feux de circulation "sont" (se révèlent comme) des régulateurs ou du moins des systèmes qui tentent de l'être. On utilise les uns comme l'autre en essayant de maximiser quelque chose (volume de trafic, profit, etc.) ; et si on y arrive, on convient que la régulation a été à peu près bien faite. (Augmenter le débit des routes en y arrêtant les voitures est un paradoxe exquis ; les conducteurs l'acceptent très bien, et on peut constater que cela marche, mais les paradoxes équivalents dans le domaine économique se heurtent à un certain nombre de tabous (François-Dominique). Les rapports entre les hommes sont un continuel paradoxe. La plupart des conducteurs se précipitent dans un carrefour encombré et l'embouteillent un peu plus, alors que s'ils laissaient passer les autres, ils passeraient eux-mêmes plus vite. L'analogie avec le domaine économique est frappante. Si la monnaie représente un droit de passage, ceux qui accaparent les droits de passage bloquent la circulation.

Les économistes classiques, d'Adam Smith à Karl Marx, considèrent la valeur des biens comme un concept double. Ils distinguent entre la "valeur d'usage", qui est un attribut qualitatif des biens (par exemple la valeur d'usage d'une automobile est d'assurer un certain type de déplacements), et la "valeur travail", qui est une propriété quantitative du bien produit : c'est la quantité de travail incorporée en lui directement et indirectement. L'idée centrale de la pensée économique classique est que les produits tendent à s'échanger sur le marché suivant le rapport de leurs valeurs travail. La loi de l'offre et de la demande produit une adaptation mutuelle de la valeur d'usage et de la valeur travail. Le prix de vente sur le marché et le prix de production (y compris la rétribution des intermédiaires) tendent à s'égaliser.

Cela suppose certaines conditions. Ricardo a expliqué que cette adaptation ne fonctionne que si les biens échangés sont productibles et reproductibles. Si le prix du marché est supérieur à la valeur travail, on augmente la quantité produite, et le prix du marché diminue. Cette adaptation ne se produit que pour le neuf et non pour l'occasion : la valeur travail d'une vieille automobile est le cumul du prix de toutes les réparations, alors que sa valeur d'usage diminue à mesure, jusqu'à ce qu'elle devienne objet de collection. "Il y a des choses dont la valeur ne dépend que de leur rareté. Nul travail ne pouvant en augmenter la quantité, leur valeur ne peut baisser par suite d'une plus grande abondance. Tels sont les tableaux précieux, les statues, les livres et les médailles rares, les vins d'une qualité exquise, qu'on ne peut tirer que de certains terroirs très peu étendus, et dont il n'y a par conséquent qu'une quantité très bornée, enfin une foule d'objets de même nature, dont la valeur est entièrement indépendante de la quantité de travail qui a été nécessaire à leur production première. Cette valeur dépend uniquement de la fortune, des goûts et du caprice de ceux qui ont envie de posséder de tels objets".

"Ils ne forment cependant qu'une très petite partie des marchandises qu'on échange généralement sur le marché. Le plus grand nombre des objets que l'on désire posséder étant le fruit de l'industrie, on peut les multiplier, non seulement dans un pays, mais dans plusieurs, à un degré auquel il est presque impossible d'assigner des bornes, toutes les fois qu'on voudra y consacrer l'industrie nécessaire pour les créer. Quand donc nous parlons des marchandises, de leur valeur échangeable, et des principes qui règlent leurs prix relatifs, nous n'avons en vue que celles des marchandises dont la quantité peut s'accroître par l'industrie de l'homme, dont la production est encouragée par une concurrence libre de toute entrave". (D. Ricardo, Principes de l'économie politique et de l'impôt, Paris, Calmann-Lévy, p. 14). Cette hypothèse est essentielle pour la théorie de l'équilibre général des marchés, à laquelle Gérard Debreu a donné une forme proche de la perfection (Théorie de la valeur, Dunod, 1966). La loi de l'offre et de la demande ne permet pas de déterminer un juste prix pour le taux de l'intérêt, car alors ce prix serait celui de la fabrication des billets de banque, qu'on n'a pas le droit de fabriquer. Elle n'assure pas la stabilité de l'équilibre.

La monnaie permanente est constituée par des billets de banque imprimés par la Banque de France. Une partie de la monnaie permanente est détenue par les particuliers, le reste constitue les réserves bancaires. La monnaie temporaire est constituée par les comptes ouverts dans les banques qui accordent des crédits dépassant les réserves bancaires. La masse monétaire est la somme de la monnaie permanente et de la monnaie temporaire. Elle est environ cinq fois plus grande que la monnaie permanente.

On appelle :

B la monnaie permanente

M1 la masse monétaire

b un coefficient qui représente la préférence psychologique pour les billets. Il vaut environ 15%. Le total des billets détenus dans le public est b*M1. Le montant des comptes en banque est (1-b)*M1.

r un coefficient qui représente le rapport des réserves de billets au montant des comptes en banques. Sa valeur obligatoire minimale est fixée par l'autorité monétaire à environ 5% (Maurice Allais préconise un taux de réserves obligatoires de 100%, de sorte que les banques ne puissent pas créer de monnaie temporaire). Les réserves sont

r (1-b) M1.

Le total des billets est

B = (b + r - r b) M1 = 0,19 M1.

(Thierry de Montbrial, La science économique, PUF 1988 page 372).

Le taux de réserves bancaires en billets peut varier suivant la quantité de prêts accordés par les banques. Les réserves sont nécessaires pour permettre aux banquiers de faire face aux retraits de leurs clients, même s'ils ne retirent pas tous leur argent en même temps.

Les prix sont proportionnels à la masse monétaire. L'indice des prix est une moyenne officielle des prix de 295 articles. Le flux monétaire est le total de tous les payements de biens ou de services pendant un mois. La vitesse de circulation de la monnaie est le rapport du flux monétaire à la masse monétaire. Elle mesure le nombre moyen de transactions effectuées en un mois avec le même moyen de paiement. Un billet de 50 francs qui a changé de main dix fois, n'est pas devenu un billet de 500 francs, mais il a servi à acheter autant de marchandises qu'un billet de 500 francs qui n'a changé de main qu'une fois. On peut, si l'on veut, considérer un chèque comme représentant un billet de banque dont il augmente la vitesse de circulation. Le flux de marchandises est le rapport du flux monétaire à l'indice des prix. Le flux de marchandises et le flux monétaire dépendent de l'état du marché et du climat de confiance des agents économiques, et ils déterminent l'indice des prix. La masse monétaire est d'autant plus sensible aux variations du coefficient de réserves et du coefficient de préférence pour les billets que ces coefficients sont plus petits. Tout le système est instable et sujet à des crises difficiles à contrôler, comme le montre l'histoire de l'économie.

310monna.htm 20/10/1999