Les chrétiens qui dévient de la bonne doctrine, défigurent l'Eglise d'autant plus qu'ils ont une position plus élevée. Quand on croit à la divinité du christianisme, on n'en est que plus exigeant pour ceux qui le servent, parce qu'on leur pardonne difficilement de compromettre une cause que l'on aime ; on n'est que plus indulgent pour ceux qui ont le malheur de la méconnaître, parce qu'on sait que la créature humaine est déchue, par conséquent faible, et bien moins digne encore de colère que de pitié (Frédéric Ozanam).
|
Et moi, je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les Portes de l'Enfer ne prévaudront pas contre elle |
And I tell you that you are Peter, and on this rock I will build my church, and the gates of Hades will not overcome it.
|
|
Recule-toi, Satan ! Tu m'es un scandale ; car tes sentiments ne sont pas ceux de Dieu, mais ceux des hommes ! |
Out of my sight, Satan ! you are a stumbling block to me ; you do not have in mind the things of God, but the things of men. |
Le scandale (du grec skandalon) signifie la pierre qui fait trébucher le passant sur le chemin. Deux images dans l'Evangile, à cinq versets d'intervalle, désignent Saint Pierre comme la pierre fondamentale de l'Eglise, et comme une pierre d'achoppement. Ce sont deux prophéties vérifiées par l'histoire. - La Sainte Inquisition a partagé avec la guerre juste la prétention de faire triompher l'évangile en contredisant l'évangile. Par principe le clergé ne fait pas la guerre. La formule L'Eglise a horreur du sang est conforme à ce principe, mais elle a été tournée en disant que l'Eglise livre l'hérétique au bras séculier. Cela impliquait que le pouvoir laïque n'avait pas horreur du sang, et qu'il n'était pas dans l'Eglise. Ce sont deux vérités de fait et deux erreurs de droit. - C'est un tort de confondre l'Eglise avec la Hiérarchie. La Hiérarchie est dans l'Eglise, elle a pour fonction de parler au nom de l'Eglise, mais elle n'est pas l'Eglise (Jacques Maritain, De l'Eglise du Christ, La personne de l'Eglise et son personnel, chapitre 15 - A la recherche d'un langage exact, Desclée de Brouwer 1970).
Ce n'est pas l'Eglise, mais la Hiérarchie qui a dit : Pour extirper du milieu du peuple chrétien l'ivraie de la perversion hérétique, qui croît de nos jours avec plus d'abondance que de coutume, étant semée par-dessus avec une hardiesse plus grande par l'homme ennemi... (Bulle Ad Extirpenda du 15 mai 1252). Jésus avait dit : Un homme ennemi a fait cela… N'arrachez pas l'ivraie, de peur que vous ne déraciniez avec elle le froment (Mathieu 13 28). Le Pape Innocent IV utilise les paroles de Jésus pour les contredire en ordonnant d'extirper l'hérésie par la torture. Il n'est pas infaillible, bien que toujours Pape. - Le pape et le roi sont deux fils de l'Eglise, qui se scandalisent mutuellement en contredisant l'Evangile. Le roi Philippe le Bel fit torturer les Templiers en France. Le grand Maître Jacques de Molay sacrifiera sa vie pour affirmer que l'Ordre est innocent. Le pape ordonna au roi et aux évêques d'Angleterre d'extorquer la vérité aux accusés par la question (c'est-à-dire par la torture) : Les Templiers ont été cités à l'audition de notre siège apostolique et au Concile de nos frères, pour enquêter sur leurs désordres et pour les extirper, s'ils se trouvent vrais... (lettre au roi d'Angleterre, août 1310). - En Espagne, le pape ordonne de recommencer jusqu'à six fois la question et les tourments contre ces frères ; de même, en Italie, à Chypre, à Constantinople, à Rhodes.
Soljénitsyne a montré que, par la torture, on peut faire avouer n'importe quoi à n'importe qui. En étudiant avec cet éclairage les lettres du pape et les pièces du procès, on acquiert une forte présomption d'innocence en faveur des Templiers. Le Goulag et l'holocauste ont été des miroirs grossissants donnés aux chrétiens aujourd'hui pour leur montrer l'horreur de ce qu'ils ont fait au cours des siècles, et pour leur faire comprendre les causes de la déchristianisation (Jean Delumeau). Le franc-maçon catholique Alec Mellor va jusqu'à dire qu'il n'y a pas eu de déchristianisation parce qu'il n'y a pas eu de chrétienté.
Un pape a ordonné d'exercer l'Inquisition en Allemagne contre les personnes accusées de sorcellerie. Désirant que toute perversion hérétique soit expulsée loin des frontières des fidèles... afin que toutes erreurs soient arrachées par l'action de notre ministère comme par la houe d'un ouvrier consciencieux... Nous établissons qu'il est licite aux Inquisiteurs d'exercer le ministère de l'Inquisition pour la correction, l'incarcération et la punition (des personnes accusées de sorcellerie)... en réclamant si besoin est le secours du bras séculier (Bulle Summi Desiderantes du Pape Innocent VIII, 5 décembre 1424 ; la houe, c'est l'instrument destiné à arracher l'ivraie). Deux siècles plus tard, deux Jésuites allemands, qui avaient préparé à la mort des centaines de femmes à qui les tortures avaient arraché des aveux, s'élevèrent contre ces pratiques. Les tortures étaient effrayantes. Les suspects avouaient, et ils donnaient les noms d'autres suspects. Comme le remarque Soljénitsyne, cette mécanique fonctionne sans raté. A l'époque de Saint Vincent de Paul, dans les Landes, on a brûlé comme sorcières quatre vingt femmes de marins qui se rendaient suspectes en se prêtant assistance mutuelle pendant l'absence de leurs maris. Celles qui ont pu passer en Espagne y ont été poursuivies. Leur mort a été si atroce qu'elle a entraîné la suppression de l'Inquisition en Espagne.
Le Siège apostolique est toujours extrêmement attentif à empêcher que l'ivraie ne prenne racine dans le champ du Seigneur ou à l'arracher au plus tôt, si cela s'était déjà produit. Par la Constitution Ex quo singulari, 11 juillet 1742 le Pape Benoît XIV confirme la Constitution Ex illa die du 19 mars 1715, dans laquelle le Pape Clément XI approuve les réponses que les inquisiteurs généraux contre l'hérésie ont données sur l'affaire de Chine... et qui auraient dû suffire pleinement et abondamment pour arracher jusqu'à la racine la zizanie que l'homme ennemi avait semée sur le bon grain évangélique en Chine. Cette question a été mûrement et sérieusement discutée par les théologiens et par les cardinaux de la sainte Eglise romaine préposés à la Sacrée Inquisition... Nous avons eu recours à la science et aux conseils des cardinaux et des consulteurs de la Sacrée Inquisition... (la zizanie, c'est l'ivraie). Il s'agissait d'interdire aux Chinois d'honorer leurs ancêtres et leur philosophe Confucius. Les mesures prises ont arrêté l'évangélisation de la Chine. Elles ont été levées, mais trop tard, par le Pape Pie XI.
Travaillez tous ensemble à arracher du champ qui vous est confié toute racine amère, à y étouffer toute semence vicieuse... Ces paroles se trouvent dans l'Encyclique Mirari Vos (15 août 1832) du Pape Grégoire XVI contre la doctrine de Lamennais. Mgr d'Astros a été le censeur de Lamennais, qui par la suite fut poussé à l'apostasie par une condamnation appuyée sur un faux. La doctrine de Lamennais a inspiré le Concile de Vatican II.
Une doctrine contraire aux paroles de Jésus-Christ ne devient pas infaillible par la répétition, mais transmise pendant plusieurs siècles, elle prend une fausse apparence de Tradition. Les Pharisiens donnent de l'Eglise une fausse image, par laquelle ils incitent à la détruire pour le bien de l'humanité. Napoléon a dit : Je détruirai l'Eglise au pape Pie VII, qui lui répondit avec lucidité : Sire, si l'Eglise pouvait être détruite, nous, nous l'aurions déjà détruite. - La déclaration conciliaire sur la liberté religieuse dit qu'il y a eu parfois, dans la vie du Peuple de Dieu, cheminant à travers les vicissitudes de l'histoire humaine, des manières d'agir moins conformes, voire même contraires, à l'esprit évangélique. C'est aussi une phrase lucide. Quand le clergé admet la fausse théorie de la guerre juste, il ne parle pas au nom de l'Eglise. La doctrine de Jésus-Christ contredit l'idée de guerre juste. Les catholiques ont été infidèles à leur vocation de faiseurs de paix : Notre prière devrait comprendre le repentir pour les échecs rencontrés par nous, chrétiens, dans la mission de paix et de réconciliation que nous avons reçue du Christ et que nous n'avons pas encore pleinement accomplie. Nous prions pour la conversion de nos coeurs et pour le renouveau de nos esprits, afin que nous soyons de vrais artisans de la paix (Jean-Paul II). Cette humble prière est contredite par la déclaration suivante : Aussi longtemps que le risque de guerre subsistera, qu'il n'y aura pas d'autorité internationale compétente et disposant de forces suffisantes, on ne saurait dénier aux gouvernements, une fois épuisées toutes les possibilités de règlement pacifique, le droit de légitime défense.
Lettre de Pie V à Catherine de Médicis le 28 mars 1569, trois ans avant le massacre de la Saint Barthélémy : Ce n'est que par l'extermination entière des hérétiques que le roi pourra rendre à ce noble royaume l'ancien culte de la religion catholique. Si Votre Majesté continue à combattre ouvertement et ardemment les ennemis de la religion catholique jusqu'à ce qu'ils soient tous massacrés, qu'elle soit assurée que le secours divin ne lui manquera pas. - Aux journées mondiales de la jeunesse à Paris en 1997, Jean-Paul II a demandé pardon : A la veille du 24 août, on ne peut oublier le douloureux massacre de la Saint-Barthélémy, aux motivations bien obscures dans l’histoire politique et religieuse de la France. Des chrétiens ont accompli des actes que l’Évangile réprouve. Si j’évoque le passé, c’est parce que "reconnaître les fléchissements d'hier est un acte de loyauté et de courage qui nous aide à renforcer notre foi, qui nous fait percevoir les tentations et les difficultés d'aujourd'hui et nous prépare à les affronter" (Tertio millennio adveniente, n. 33). Je m’associe donc volontiers aux initiatives des évêques français, car, avec eux, je suis convaincu que seul le pardon offert et reçu conduit progressivement à un dialogue fécond qui scelle alors une réconciliation pleinement chrétienne. L’appartenance à différentes traditions religieuses ne doit pas constituer aujourd’hui une source d’opposition ou de tension. Bien au contraire, l’amour pour le Christ qui nous est commun nous pousse à chercher sans relâche le chemin de la pleine unité.
Le pape Innocent X a fait raser la ville de Castro par ses troupes, parce que le duc de cette ville avait assassiné le nouvel évêque, dont il n'approuvait pas la nomination. Cet acte, dont la fermeté a été approuvée par toute la chrétienté, nous ramène en plein paganisme. En vertu de quelle doctrine faut-il punir une ville pour la faute d'un prince ? On explique parfois certains actes en disant que ce sont des péchés personnels qui ne touchent pas à la doctrine. Or un péché n'atteint pas la doctrine s'il est regretté et si la doctrine est proclamée, mais non si le péché est approuvé et prétendu normal.
L'horrible canonisation de Saint Siméon de Trente, obtenue grâce aux aveux faits sous la torture, a montré la haine accumulée contre les Juifs (St Siméon de Trente est un enfant noyé dont le peuple a attribué la mort aux Juifs). Jean-Marie Muller remarque que, comme la Hiérarchie, le peuple n'a pas toujours été fidèle. - Au camp de déportés de Drancy, l'évêque de Saint-Denis a demandé pardon pour l'attitude de la Hiérarchie qui n'a pas dénoncé la shoah. Au jugement des historiens, c’est un fait bien attesté que pendant des siècles a prévalu dans le peuple chrétien jusqu’au Concile Vatican II, une tradition d’antijudaïsme marquant à des niveaux divers la doctrine et l’enseignement chrétiens, la théologie et l’apologétique, la prédication et la liturgie. Sur ce terreau a fleuri la plante vénéneuse de la haine des juifs. De là un lourd héritage aux conséquences difficiles à effacer - jusqu’en notre siècle. De là des plaies toujours vives.
Une pierre où ont achoppé de nombreux enfants de l'Eglise est la justification de l'esclavage, qu'on a présenté comme une expiation voulue par Dieu, et contre laquelle toute révolte serait impie (Saint Augustin). On a fait du servage un ordre de la nature assimilable à l'ordre patriarcal (Saint Thomas d'Aquin, à la suite d'Aristote, critiqué par Simone Weil, L'enracinement, Gallimard 1949 page 306). On a maintenu que l'esclavage est une forme du droit des gens, et préconisé l'obéissance au Saint-Esprit qui ordonne (aux esclaves), par la bouche de Saint Paul, de demeurer dans leur état et n'oblige point les maîtres à les affranchir (Bossuet). - Le Père Terradas justifie l'esclavage en Amérique latine, en disant qu'à cette époque, la seule façon de christianiser les populations d'Afrique était de les déporter en Amérique. Sans cette annexe sur l'esclavage, son livre, qui exalte l'oeuvre de l'Espagne dans le Nouveau Monde, aurait été convaincant (Une chrétienté d'outre-mer, Nouvelles éditions latines). Les théologiens souhaitaient-ils être réduits en esclavage ? Avaient-ils entendu le précepte évangélique Faites aux autres ce que vous voudriez qu'on vous fasse ? - La prospérité des villes de Verdun et de Nantes venait de la traite des esclaves. - L'esclavage a été critiqué par Montaigne, Montesquieu, Voltaire, Raynal, Marivaux, Bernardin de Saint-Pierre. Les anticléricaux sont en avance sur les clercs pour promouvoir l'application de la doctrine chrétienne.
Les historiens de l'Eglise croient nécessaire de dissimuler ou de justifier de tels faits. Mais la Sainte Eglise n'a pas besoin d'être justifiée de ce qu'ont fait ses enfants en la contredisant. Deux justifications opposées ont en commun une fausse conception de l'infaillibilité. La solution traditionaliste consiste à dire que ces actes qui nous paraissent aberrants étaient normaux et le seraient encore aujourd'hui. La solution moderniste consiste à dire que la tradition est changeante, et que tout acte de la papauté qui nous paraît aberrant aujourd'hui, était justifié en son temps. Mais la doctrine révélée ne change pas, elle est valable pour tous les temps et pour tous les lieux. La liberté de conscience est la vraie doctrine de l'Eglise, et l'a toujours été, même à l'époque de l'Inquisition.
Chacun trouve dans l'Evangile ce qu'il y apporte (André Chénier). - Il faut avouer qu'avec votre religion (il voulait dire votre évangile), vous avez singulièrement sali le monde (Charles Maurras à Louis Dimier, cité par Jean Marie Paupert, qui a épousé la petite fille de Louis Dimier). L'Evangile sans l'Eglise est un poison (Joseph de Maistre). - L'Eglise n'a pas rejeté totalement ce poison : elle l'a dilué, et souvent en doses homéopathiques, pour les masses, et réservé dans son intégrité à l'élite des croyants (exemple des voeux monastiques)... Oserait-on faire un commandement universel du Vends ce que tu as ou du Tends l'autre joue ? (Gustave Thibon, L'illusion féconde, Fayard, 1995). Mais si chacun vendait ce qu'il a, qui achèterait ? Le conseil évangélique veut qu'on se détache des biens de la terre. - Tendre l'autre joue, c'est ne pas rendre le mal pour le mal. - Le langage biblique est allégorique. Le précepte Si ton oeil te scandalise, arrache-le, veut dire qu'il ne faut pas poser les yeux sur les spectacles qui portent à pécher. Job a dit J'ai fait un pacte avec mes yeux pour ne pas les porter sur une femme. Il faut chercher la signification profonde de l'allégorie, et s'en pénétrer.
Vous qui allez parmi la voie,
Arrêtez-vous et chacun voie
S'il est douleur telle que moi
Dit sainte Eglise.
Je suis sur ferme pierre assise ;
La pierre grumelle et fend et brise,
Et je chancelle
(Rutebeuf).
|
Pensez-vous défendre Dieu par un langage inique |
Will you speak wickedly on God's behalf ? |
Il faut bien admettre que tout ce qui a été dit par les papes n'est pas doctrine de Jésus Christ. Et toi, quand tu seras revenu, confirme tes frères. L'Eglise est visible. Les brebis reconnaissent la voix du Bon Pasteur, dans ce que disent le Pape, les évêques et les prédicateurs, quand ceux-ci prononcent les paroles de Jésus Christ, qu'on connaît déjà par coeur. Alors ces paroles prennent un relief qui nous saisit et nous pénètre. Quand nous recevons le sacrement de la réconciliation, nous entendons le prêtre, dans l'encouragement qu'il nous donne, prononcer comme pour la première fois des paroles que nous écoutons pourtant depuis l'enfance, et qui redisent ces mots : Le Père nous aime d'un amour miséricordieux infini (Révérend Père Barrielle).