Les hérétiques voudraient mieux comprendre certains points de la doctrine révélée. Quand un homme n'est pas du même avis que les docteurs de la Loi, on le déclare hérétique. Le mieux qu'il puisse espérer, c'est une admonestation charitable. S'il persiste à poursuivre la discussion, il est obstiné, pertinax, et on ne lui répond pas. On se détourne de lui, ou bien on lui explique comment il en est arrivé à une telle perversité. L'hérétique est interdit, excommunié vitandus (c'est-à-dire à éviter, à ne pas fréquenter, à ne voir qu'en cas de force majeure ou pour le salut de son âme). C'était le cas du vieux prêtre hérétique Loisy, qui à l'âge de 80 ans faisait réciter le catéchisme à un enfant de ses voisins (selon Jean-Marie Paupert). Le sens des prophéties reste obscur tant qu'elles ne sont pas accomplies. Il faut mettre en harmonie les connaissances scientifiques avec l'interprétation des Ecritures. Ce serait pour les chrétiens une manière d'obéir au précepte Aimez vos ennemis que d'écouter les socialistes dire Prêtez sans chercher de profit, les francs-maçons N'arrachez pas l'ivraie, les Cathares Ne prononcez pas de serment, ne tuez pas.
La société du Moyen Age était fondée sur le serment et la guerre. Les Cathares ou Albigeois se conformaient au précepte
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Ne prononcez aucun serment. |
Do not swear at all. |
Les Albigeois prenaient, en entrant dans la secte, des engagements qui allaient à l'encontre des principes sociaux sur lesquels reposent les constitutions de tous les états. Ils promettaient de ne prêter aucun serment. Quels troubles cette doctrine devait-elle apporter dans les Etats du Moyen Age, où toutes les relations des hommes entre eux, des sujets avec leurs souverains, des vassaux avec leurs suzerains, des bourgeois d'une même ville, des membres d'une confrérie entre eux, étaient garanties par un serment, où enfin toute autorité tirait du serment sa légitimité ? C'était l'un des liens les plus solides du faisceau social que les Manichéens détruisaient ainsi, et en le faisant, ils avaient l'apparence de vrais anarchistes. Ils déniaient à la société le droit de verser le sang pour se défendre contre les ennemis du dehors et du dedans, les envahisseurs et les malfaiteurs. Ils prenaient à la lettre et dans son sens le plus rigoureux la parole du Christ, déclarant que quiconque tue par l'épée doit périr par l'épée, et ils en déduisaient la prohibition absolue non seulement de l'assassinat, mais encore de tout meurtre pour quelque raison que ce fût. De ce principe découlaient les plus graves conséquences sociales et dans leur redoutable logique, les Albigeois ne reculaient pas devant elles. Toute guerre, même juste dans ses causes, devenait criminelle par les meurtres qu'elle nécessitait : le soldat défendant sa vie sur le champ de bataille, après s'être armé pour la défense de son pays, était un assassin au même titre que le plus vulgaire des malfaiteurs : car rien ne pouvait l'autoriser à verser le sang humain. Pas plus que le soldat dans l'ardeur de la bataille, le juge et les autres dépositaires de l'autorité publique sur leurs sièges n'avaient le droit de prononcer des sentences capitales. Dieu n'a pas voulu, disait l'Albigeois Pierre Garsias, que la justice des hommes pût condamner quelqu'un à mort ; et lorsque l'un des adeptes de l'hérésie devint consul de Toulouse, il lui rappela la rigueur de ce principe. Par la prohibition absolue du serment et de la guerre, par les restrictions du droit de justice, les Albigeois rendaient difficiles l'existence et la conservation, non seulement de la société du Moyen Age, mais encore de toute société ; et l'on comprend que l'Eglise ait dénoncé sans relâche le péril que leurs doctrines pouvaient faire courir à l'humanité (Jean Guiraud, Histoire partiale, histoire vraie, tome 1, page 275).
Le problème moral du serment était alors lié à la guerre qui était la base de l'organisation féodale de la société. Le serment était obligatoire pour définir la féodalité, et la féodalité se définissait en fonction de la guerre. On brûlait l'hérétique et ses livres. On a détruit toutes les oeuvres des gnostiques, qui posaient des questions embarrassantes sur les guerres de l'Ancien Testament. On a même interdit la lecture de la Bible. Les problèmes n'ont pas été résolus, et continuent à se poser. - On a même faussé la traduction du Pater. La demande
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alla musai emas apo tou poneron |
sed libera nos a malo. |
but deliver us from the evil one |
mais délivre-nous du méchant (Matthieu 6 13) |
a été traduite mais délivre-nous du mal. En hébreu le même mot peut signifier mal ou méchant. En grec, le mot poneros peut avoir plusieurs significations :
qui est dans la peine
qui est en mauvais état
méchant
pénible
parmi lesquelles on trouve bien la signification de méchant, mais non celle de mal. En latin, malo et malis peuvent venir soit de malum (mal), soit de malus (méchant). Ce même mot est employé dans le passage qui dit :
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Ne vous défendez pas contre le méchant. (Matthieu 5 39). |
Do not resist an evil person. |
Il est alors impossible de le prendre dans le sens de mal. Nous prions le Père de nous délivrer du méchant contre lequel nous ne devons pas nous défendre nous-mêmes. Dans le canon de la messe, cette prière est développée :
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Libera nos, quaesumus, Domine, ab omnibus malis praeteritis, presentibus et futuris ... da propitius pacem in diebus nostris |
Libère-nous, nous t'en prions, Seigneur, de tous les méchants du passé, du présent et du futur... donne la paix en nos jours. |
La délivrance des méchants, c'est l'obtention de la paix. Si on traduit malis praeteritis par les maux passés, on ne voit pas pourquoi nous demanderions au Seigneur de nous délivrer de maux qui n'existent plus, alors que les méchants du passé sont encore à craindre. - Pourquoi le Juge Suprême permet-il qu'il y ait des méchants ? Celui qui interdit le crime ne le permet pas, et cependant il le laisse faire. Le mystère, c'est qu'il faut qu'il y ait des scandales pour nous faire désirer la Jérusalem céleste.
Simone Weil pense qu'il y a un athéisme purificateur qui débarrasse les chrétiens de leurs superstitions. Elle-même a pratiqué un anticléricalisme sévère, allant jusqu'à refuser le baptême alors qu'elle avait la foi. Le Révérend Père Perrin pense si elle avait vécu jusqu'au Concile, elle n'aurait pas maintenu cette position. (Ce n'est pas certain, parce que le Concile a heureusement restauré la doctrine chrétienne sur la liberté religieuse, mais pas encore sur d'autres points très graves). Le point extrême de l'hérésie, c'est l'athéisme.
L'incroyant peut être extrêmement intelligent, tout en déployant de grands efforts pour ne pas utiliser son intelligence. Il se rend allergique au nom du Créateur. En lisant un texte, il s'arrête s'il rencontre le mot Dieu. La parole de Dostoievski si Dieu n'existe pas, tout est permis ne veut pas dire que l'homme se permet de faire n'importe quoi, mais qu'il décide lui-même ce qui est bien et ce qui est mal. D'ailleurs les chrétiens expriment la même idée lorsqu'il leur arrive de dire ou de faire comme si Jésus Christ avait exagéré.
Tous les hommes ont une aptitude à comprendre volontairement de travers, et une difficulté à exprimer les idées qu'ils ressentent confusément. L'incroyant trouve que la foi est effrayante, parce que c'est la foi en la vie éternelle, et que pour avoir la vie éternelle, il faut être détaché de la vie temporelle. Il est charitable, mais il confine sa charité à l'intérieur de l'hexagone, ce qui ne suffit pas à la paix, à l'union, à la réconciliation, au véritable oecuménisme. Quand la Samaritaine demande à Jésus s'il faut adorer Dieu dans le Temple, comme les Juifs, ou sur la montagne, comme les Samaritains, la réponse est que l'heure vient où on adorera le Père non dans le Temple ni sur la montagne, mais en esprit et en vérité. C'est le véritable oecuménisme.